Le chemin de soi
À lire un grand nombre d'épisodes mythologiques, on se rend compte que les divinités attendent d'être honorées. Si elles protègent celles et ceux qui les honorent, en revanche, elles se vengent sur celles et ceux qui les négligent. Selon l'auteur d'inspiration jungienne, les divinités sont des composantes psychiques qui finissent par se retourner contre soi, lorsqu'on dénie leur valeur et qu'on ne leur accorde pas la place qui leur revient, par nature.
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Sur fond d'analyse psychologique de nos conflits symbolisés par les rapports entre les planètes et les luminaires (le couple Soleil/Lune) et dramatisés par les mythes, il nous guide tout au long du processus qui tend à unifier l'être intérieurement.
En cela, il désigne un chemin de soi à travers lequel l'homme s'accorde avec sa nature véritable. L'astrologie devient alors un instrument privilégié permettant d'accéder aux forces qui président à la destinée.
Qu'est-ce que le principe d'individuation? Quels sont ses enjeux? Quels sont les ressorts du chemin de soi?
Extrait de la vidéo
Si on lit un grand nombre de récits mythologiques, on se rend compte que ces récits présentent une constante. C'est que les divinités attendent d'être honorées, qu'on leur voue un certain culte, qu'on leur dresse des autels, qu'on leur fasse des offrandes. Et tandis qu'elles protègent ceux et celles qui les honorent, elles finissent tôt ou tard par se venger sur ceux et celles qui manquent de les honorer.
Parfois, la vengeance peut atteindre la descendance, la génération ou les générations qui suivent. Si on admet à la suite de Jung que les divinités ne sont pas extérieures à nous, mais qu'elles symbolisent des composantes psychiques et qu'elles recouvrent des domaines spécifiques de notre existence, il nous faut prendre certainement très au sérieux cette idée qu'il faudrait honorer toutes les divinités et cette idée apparaît littéralement comme un invariant mythologique.
Si vous n'êtes pas habitué à penser en termes mythologiques ou en termes symboliques, je vais préciser cette idée au moyen d'un exemple très simple. Dans la mythologie, Mars est le dieu de la guerre, Mars est le dieu du fer, au double sens du mot si on joue sur son homonymie. Mars est en effet celui qui tient l'épée et qui porte donc le fer et il est aussi celui qui est porté à fer, qui est porté à l'action.
Donc, en d'autres termes, quand on parle de Mars dans la mythologie ou en astrologie, on parle d'une composante naturelle de la psyché, d'une fonction interne qui a pour vocation de couper le cordon ombilical, de séparer, de trancher, de prendre des décisions. En d'autres termes encore, Mars est en nous la force qui nous permet de prendre des risques, de nous confronter aux autres, d'affirmer notre position personnelle, de nous défendre et de nous battre si nécessaire.
Qu'est-ce qu'on entend déjà ? On entend déjà qu'on honore Mars dans la mesure où l'on peut faire sienne les valeurs du fer et on comprend déjà de quelle façon Mars va se retourner contre soi si l'on ne sait pas adopter sa nature guerrière. Oui, on risque de subir les décisions des autres, de subir leurs choix, on risque même de se soumettre à leurs désirs ou, pire encore, à leur domination et à leur violence.
Dire qu'une divinité n'est pas honorée, c'est simplement dire qu'une composante vitale, une composante naturelle de la psyché est négligée, refoulée, pas prise en compte et c'est dire aussi que toute une dimension de notre existence ne reçoit pas l'attention dont elle aurait besoin. Je vais préciser cette idée, préciser cette idée, d'une part, de l'importance d'honorer les divinités et cette idée conséquente, celle de la vengeance des divinités.
C'est un épisode de la mythologie qui va nous permettre d'y voir plus clair. Vous avez à l'esprit le fameux Phèdre de Racine. Pour mémoire, Phèdre se prend de passion pour Hippolyte, ce jeune homme qui n'est autre que le fils de Thésée, donc le fils de l'homme qu'elle a épousé. Donc Phèdre tombe amoureuse de son beau-fils et cette passion va avoir des conséquences tragiques.
Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, Euripide avait déjà mis en scène ce drame de l'amour mais en centrant l'argument non pas sur Phèdre mais sur Hippolyte. Ce qui arrive à Hippolyte et qui va retentir sur son entourage va nous permettre de mettre en lumière ce qu'on peut appeler la guerre des divinités à l'intérieur de soi, autrement dit le conflit entre des composantes psychiques qui ont des visées diamétralement opposées.
On va s'arrêter un instant sur l'Hippolyte d'Euripide. Le premier personnage qui ouvre la tragédie d'Euripide n'est autre qu'Aphrodite elle-même, Vénus, la déesse de la mort. Qu'est-ce qu'elle déclare ? Que le fils de Thésée, Hippolyte, est le seul dans le pays à répudier la volupté.
Il est le seul dans le pays à se refuser à l'hymen et aux joies de l'amour. Et elle ajoute que cette offense ne va pas rester impunie. Pour se venger de ce qu'elle considère comme l'arrogance d'Hippolyte, qu'a-t-elle fait ? Elle a déjà enflammé le cœur de Phèdre, sa belle-mère.
Et elle a ourdit un plan pour que le jeune homme trouve la mort dans cette aventure funeste. C'est ce qui va arriver. Elle sait bien que toute cette histoire va entraîner la mort de Phèdre. Mais ça ne l'arrêtera pas.
Donc ça, c'est la première scène. Deuxième scène, c'est Hippolyte qui entre en scène. Hippolyte a cueilli des fleurs. Il a confectionné une guirlande afin de couronner la statue de la déesse Arthénes.
On entend qu'il évoque la déesse, la déesse qu'il chérit par-dessus tout. Et c'est alors qu'un serviteur du palais entre. Un serviteur qui s'approche avec ménagement d'Hippolyte, qui s'adresse à lui prudemment, en lui faisant remarquer qu'il devrait aussi honorer Aphrodite. Mais Hippolyte lui répond qu'il échaste et qu'il ne salue Aphrodite que de loin.
Qui est Arthémis ? Évidemment, c'est une divinité avec des composantes complexes. Mais disons ici qu'elle est la contrepartie d'Aphrodite. Elle est une déesse vierge.
Elle exige des nymphes ses compagnes la même chasteté qu'elle pratique elle-même. C'est de cette déesse dont Hippolyte est un dévot. Il lui voue un culte sans partage. Il aspire à la pureté virginale de la déesse.
Et il s'est juré de rester chaste comme elle. Il se voue corps et âme à Arthémis. Et il se tient à distance d'Aphrodite. Ce faisant, il déshonore la déesse de l'amour.
Et il va le payer au prix fort. Voilà, en quelques mots, le point de départ de la tragédie de Ripide. En quelques pages dans un livre, en quelques minutes au théâtre, les composantes du drame sont mises en scène. Dans les deux premières scènes, la tragédie nous donne à voir le conflit psychologique et le clivage dans lequel Hippolyte est pris.
Deux millénaires avant qu'il ne fût question de psychologie, les anciens savaient rendre compte des forces psychiques qui nous travaillent avec une puissance d'évocation qui ne peut vraiment que forcer notre admiration. Ils étaient capables de les mettre en scène dans un langage symbolique devant lequel un certain jargon psychologique moderne apparaît vraiment dans toute sa pauvreté et sa sécheresse.
Le point de départ de la tragédie de Ripide nous permet de mettre en lumière un aspect fondamental du conflit, à savoir ceci, lorsqu'une divinité n'est pas honorée, il y en a une autre ou il y en a d'autres porteuses de valeurs contraires à laquelle le sujet est tout entier dévoué. Le culte que voue Hippolyte à Artemis est la contrepartie de l'angoisse que lui inspire Aphrodite. Pourquoi est-ce qu'on peut parler d'angoisse ?
Alors là ça nous amènerait très loin parce que ça nous amènerait à questionner la généalogie d'Hippolyte. Mais je vais le faire rapidement, d'un point de vue transgénérationnel, on comprend tout à fait que le jeune homme se défie d'Aphrodite.