Le pouvoir de la parole

Qui écoute? Qui entend? Et surtout, qui parle? Pierre Bonnasse explore ici "le pouvoir de la parole".

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57:26
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Extrait de la vidéo

« Qui ne connaît pas le pouvoir des mots, disait Confucius, ne peut connaître les hommes. » Le thème des pouvoirs la parole recouvre de multiples réalités. Aussi, cet exposé ne prétend à aucune exhaustivité qui serait de toute façon impossible. Il a moins pour ambition de proposer quelques démonstrations, affirmations ou tentatives de réponses que d'ouvrir quelques pistes de réflexion, qu'à pointer du doigt quelques portes que je laisserai au lecteur, à l'auditeur, le soin de franchir et d'approfondir par lui-même et surtout, de poser quelques questions que je laisserai à chacun le soin de porter et d'aggraver selon la nécessité intérieure qui est la sienne aujourd'hui.

Donc cet exposé voudrait être une proposition, une tentative, ici et maintenant et pour chacun, pour celui qui parle comme pour celui qui écoute. Je souhaiterais inviter celui qui écoute à non seulement garder un regard critique sur ce qui est dit et sur ce qu'il est en train d'entendre, tout en gardant simultanément un regard, une sensation, un goût de celui qui est en train d'écouter, en se posant régulièrement la question « Qui écoute ?

» « Qui entend en ce moment ? » comme je peux en cet instant me demander « Qui parle ? » afin d'aborder cette écoute avec une attention double, un effort de l'attention visant à être simultanément tourné dans soi-même et dans son environnement, conscient de soi-même dans son environnement. Pour résumer, conscient de toutes les impressions qui pénètrent aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur.

C'est dans cette assaise qui se veut permanente, dans cet effort si singulier, dans cet état, dans cet acte si singulier, diversement nommé selon les traditions, que d'aucun ne voit la clé de la connaissance de soi et si l'on s'en tient à la célèbre sentence socratique de l'univers et des dieux. Et comme l'a écrit René Domal, cet acte est le pivot, le pivot de tout travail sur soi. En vérité, écrivait Maître Ecarte, si un homme abandonnait son royaume et se gardait lui-même, s'il abandonnait son royaume et le monde entier en se gardant lui-même, il n'aurait rien abandonné.

Peut-être parce qu'il aurait, comme dirait un yogi, réalisé son soi, gardé son soi, accédé au royaume des cieux qui est en nous, à son visage originel, pour employer une formule zen, ou à sa nature de Bouddha, pour employer une expression du bouddhisme tibétain, à son jeu transcendantal, à son essence, à la part innée de lui-même, qui, à l'instar de son corps physique, ne demande qu'à grandir. Il s'agirait donc d'apprendre à regarder en se gardant, d'adolescer en ne point se perdre dans les pièges de l'identification.

Pris par le tourbillon des affaires et des occupations, disait Sénèque, chacun consomme de sa vie, toujours plus anxieux pour ce qui arrivera et ennuyé de ce qu'il a. Qui, par contre, dédie chaque instant de sa vie à sa croissance, qui dispose de chaque jour de sa vie entière, n'attend pas avec espoir le lendemain, ni ne le craint. Et s'assemble-t-il de cette croissance, si l'on s'en tient à toutes les traditions, que dépendrait le devenir de l'homme, si tenté, comme le dirait certain, que celui-ci aurait le mérite d'être ainsi désigné.

En gardant en idée la parabole du semeur exposée dans les évangiles, peut-être pourrions-nous avancer que la qualité de la parole s'accroît corrélativement à la croissance de la graine, laquelle doit préalablement mourir pour renaître et commencer à grandir. Et si Sénèque insiste sur le « à chaque instant de la vie », c'est que l'éveil, comme l'a écrit Domal, n'est pas un état, mais un acte. Avec la pratique et l'effort constant, cet acte consistant à diviser son intention s'accroît en profondeur, c'est-à-dire de quoi suis-je conscient, en durée, combien de temps, et en fréquence, combien de fois.

C'est là certainement le critère de base permettant d'évaluer son degré de conscience, celle-ci pouvant se définir comme la faculté de connaître sa propre réalité, comme la capacité d'utiliser son attention pour avoir l'idée, le sentiment et la sensation de cette réalité. Et avant toute chose, cet acte demande à être répété sans cesse. Cet acte demande à revenir à son corps le plus souvent possible, sans se détourner de ses activités extérieures, conditions sine qua non de tout le reste.

La conscience corporelle, disait Sri Aurobindo, devient non seulement un moyen, mais l'objectif final. Mais n'oubliez pas non plus, comme l'a écrit Domal, que le travail sur soi n'est pas une simple modification de la vie ordinaire, quelque chose qui en prend la place. C'est quelque chose qui se surajoute, c'est un plus. Et, comme l'a rajouté Domal, il n'y a que le plus qui compte.

Le signe que votre exercice est dans la juste ligne sera qu'il ne vous distraira pas de vos tâches ordinaires. Et si je fais appel à des références inscrites dans diverses traditions spirituelles, c'est aussi pour souligner qu'il serait ridicule et surtout erroné de tout réduire à un système unique qui détiendrait toute la vérité. Tout est un, comme nous le rappelle le fameux texte, le Elam ondru, maintes et maintes fois salué et conseillé par le Ramana Maharshi.

Nous contenons à la fois le jour et la nuit, le loup et l'agneau, chaque chose et son contraire, le yin comme le yang, Dieu et le diable. Tout réside ensuite dans la conciliation, dans le détachement et dans le dépassement, peut-être dans ce qu'on pourrait appeler cette troisième force, émergeant de cette tentation double précédemment évoquée. Son être en toute chose est toute chose en soi, écrit la Bhagavad Gita, dans ce passage essentiel et pratique, c'est cela que l'on perçoit.

Cela qu'on perçoit quand on est détaché, car on garde en tout temps un œil égal pour tout. Ce verset de la Bhagavad Gita révèle à la fois, me semble-t-il, le pourquoi et le comment de tout travail intérieur. On ne saurait trop insister sur le fait que les différences perçues entre les différentes traditions, qu'elles soient chrétiennes, bouddhistes, zen, soufis ou de toute autre confession ou aspiration spirituelle, sont d'ordre purement exotérique et populaire, qu'elles sont dues à l'éducation, aux influences socio-culturelles et à la méconnaissance, aussi bien théorique qu'expérimentale, des procédés de réalisation.

Dans leur approche exotérique, toutes les traditions enseignent l'importance du travail sur soi. Toutes relèvent d'une sophia pérennis, d'une philosophie éternelle, d'une religion pérenne. Les endormis, chacun de leur monde, disait Héraclite, seuls les éveillés ont un monde en commun. En effet, parler d'éveil appelle à un constat fondamental attesté par toutes les traditions.

Cela suppose que l'homme soit endormi et que son état de veille est en réalité un état de sommeil éveillé. Peu importe ensuite les métaphores ou les désignations diverses, mécanicité, sommeil, état d'hypnose, maya, illusion, clostration dans une caverne, la réalité désignée est toujours la même. Et peu importe aussi les noms que recouvre l'éveil. Moksha, satori, illumination, joie qui demeure, paix du cœur.

Le but étant toujours de se libérer, de se connaître, d'évoluer, d'accroître son niveau de conscience,

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