L'homme réunifié
La science, régie par le cerveau gauche, est le mode de compréhension privilégié de l'homme moderne. Pesant, classant, ordonnant, le monde-objet, elle est au fondement d'une pensée unique, avantageant l'espace et les particules, qui tend à atomiser sa lecture du monde. Or si elle tend à mesurer et à quantifier le monde, elle ne saurait tout expliquer. Partant de ce constat, Luc Bigé nous propose de nous ouvrir à d'autres voies de connaissance réintégrant le temps et le sens, régis par le cerveau droit. Appréhendant le monde non plus en termes de parties, mais de relations pour accéder au sens de celui-ci, il nous invite ainsi à "ré-unifier" notre pensée, gage de l'harmonie entre le monde et nous.
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Extrait de la vidéo
En fait, ce que je voudrais faire, c'est montrer qu'à la fois la nature de l'approche scientifique s'élimite et montrer au fond que la science n'a pas le monopole de la connaissance, qu'il existe d'autres voies de connaissance, on va voir lesquelles, qui permettent d'explorer notre réalité. C'est une évidence, puisque l'âme se nourrit autant de pain que de sang, c'est donc que la science décrit les lois du pain, c'est-à-dire comment au fond fonctionne le monde dit objectif, quelles sont les lois qui organisent le fait, si on tape dans un ballon, le ballon rebondit, etc.
Tout ça, on le décrit très bien. Bref, tout ça, ça donne naissance au monde techno-scientifique que l'on connaît et qui est dans une espèce de surdétermination aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on est tellement imbibé de ça qu'on a parfois du mal à voir d'autres réalités, d'autres niveaux de réalité. Ces autres niveaux de réalité sont essentiellement donnés par un autre langage qui est le langage symbolique.
Au fond, on peut regarder comment fonctionne notre cerveau. Il fonctionne sur la logique des deux hémisphères, hémisphère droit et hémisphère gauche. L'hémisphère gauche est bien sûr derrière l'œil gauche et l'hémisphère droit est derrière l'œil droit. La spécificité de l'hémisphère gauche, c'est de nommer, c'est de mesurer et c'est d'être dans une forme de pensée linéaire.
A donne B, donne C, donne D, etc. Du fait de ce fonctionnement, on a une représentation du monde qui correspond à ce fonctionnement. Et on peut montrer, ce serait un peu long à développer, mais on peut montrer qu'au fond, le fonctionnement de l'hémisphère gauche correspond à la méthode scientifique qui objective le réel, qui le mesure et qui utilise surtout, pour comprendre le monde, la causalité, c'est-à-dire le fait que A donne B donne C donne D, etc.
Par contre, l'hémisphère droit du cerveau a un fonctionnement totalement différent. Il a une perception globale, c'est-à-dire il fonctionne en étoile, il part d'un centre et il tourne autour pour avoir la totalité du système. Il est plus sensible aux images et également, il perçoit le sens. Parce qu'au fond, le sens, c'est une question de globalité, c'est-à-dire si je dis aujourd'hui, tiens, il a neigé hier.
Alors si je décompose sur un mot de gauche, tiens, il a hier neigé, etc. Les mots ne donnent pas le sens, c'est la totalité de la phrase qui va donner du sens, de manière insécable. Et ça, c'est le fonctionnement de l'hémisphère droit du cerveau qui perçoit la globalité, plutôt que de faire comme le côté gauche, d'être dans l'analyse. Donc ce point important, c'est-à-dire l'analyse ne permet pas de questionner le sens.
La science ne répond pas à la question du sens, en d'autres termes. Donc il va bien nous falloir réfléchir à un autre mode de langage qui permet de comprendre ce monde du sens. D'une part, on a cette différenciation et aujourd'hui, on est dans une espèce de, comment dirais-je, d'impérialisme du cerveau gauche par rapport aux capacités du cerveau droit. On considère souvent que, par exemple, l'artiste, celui qui est dans la poésie, celui qui est dans la globalité, est quelqu'un qui est parfois dans la confusion, dans l'incohérence, dans une pseudo-intuition, etc.
Donc on n'a pas, en d'autres termes, de méthode qui puisse valider une approche droite du réel, c'est-à-dire qui porte sur la question du sens, qui décode ce qu'est Henri Corbin appelé le monde imaginal entre le monde des archétypes et le monde de la manifestation objective. D'un autre côté, évidemment, la science est profondément utile et efficace puisqu'elle a développé une connaissance objective du réel, mais on peut aussi réfléchir sur ses limites, au fond.
Aujourd'hui, on croit souvent que la science est un langage de vérité. En fait, c'est une représentation du réel qui essaie de se rapprocher en permanence de la vérité, mais qui n'est pas la vérité. En philosophie des sciences, c'est ce qu'a apporté Popper, qui démontre qu'une théorie n'est scientifique que si elle est falsifiable, c'est-à-dire que si on peut démontrer qu'elle est fausse. C'est du reste le grand avantage de l'approche scientifique par rapport au système théologique ou métaphysique, c'est-à-dire que quand on peut faire la preuve de la fausseté, on peut en même temps avancer de la connaissance.
Donc c'est évidemment un système qui n'est pas dogmatique, sauf qu'aujourd'hui, parfois, la science est récupérée par une forme de dogmatisme, c'est-à-dire ce qu'on appelle le scientisme. Cet a priori métaphysique, en réalité, qui est le fait qu'on peut tout expliquer par une causalité physico-chimique, ça c'est l'a priori métaphysique de la science, elle est trop souvent posée en termes de vérité. En tout cas, c'est quelque chose qui est indémontré aujourd'hui.
Donc ça c'est une limite épistémologique qui est de dire qu'il n'est scientifique que ce qui est falsifiable. Et puis aussi d'autres limites, je pense à la mécanique quantique avec la fameuse inséparabilité quantique qui dit aujourd'hui, au fond, si on prend les expériences d'Alain Asper en 1987 au CERN, il a montré par exemple, qui a été refaite depuis, il a montré que deux particules qui avaient la même origine, techniquement la même fonction d'onde, envoyées à des distances considérables l'une de l'autre, pouvaient transférer de l'information plus vite que la lumière, c'est-à-dire au-delà, en quelque sorte, de l'espace et du temps.
Donc c'est-à-dire qu'au fond, des particules qui ont même origine sont en permanence en communication entre elles au-delà de l'espace et du temps, c'est-à-dire sans causalité. Donc ce qui nous amène à un univers qui nous rapproche au fond de l'univers magique du monde chamanique, c'est-à-dire où l'ensemble des existences sont en interconnexion et échangent de l'information en permanence entre eux. Donc ça c'est la deuxième limite à l'objectivité scientifique, il y a une interaction entre l'observateur et ce qui est observé.
Et puis la troisième limite qui est une limite au fond un peu technologique, c'est-à-dire aujourd'hui on construit des théories scientifiques qui sont parfois invérifiables. Je pense à la théorie des cordes avec une représentation de l'espace à onze dimensions, donc on a les trois évidemment qu'on connaît, longueur, profondeur et hauteur. Et puis sept autres dimensions qui sont absolument, qui sont repliées, c'est-à-dire qu'on ne pourra jamais voir.
Donc on construit des modèles aujourd'hui qui sont extrêmement difficiles à vérifier. Mais surtout la vraie question c'est que toute cette incroyable connaissance développée par le monde scientifique a deux conséquences. La première c'est qu'elle éradique la question du sens, de notre représentation. Et donc on oublie de répondre à ces questions, d'essayer d'y répondre en tout cas, qu'est-ce que ma mort ?
Comment est-ce que je peux me relier aux autres règnes de la nature ? Quels sont le sens et les valeurs dont je suis porteur et dont une société est porteuse ? Et on considère comme normal au fond que notre société techno-scientifique soit porteuse de valeurs d'objectivité, de valeurs de clivage entre l'homme et la nature, de valeurs de clivage entre la vie privée, la vie publique, entre les émotions et le mental, etc.
Donc au fond, du fait du fonctionnement de l'hémisphère gauche du cerveau qui lui a besoin de cliver et de séparer pour comprendre, on a créé un monde qui lui-même est séparé et clivé. Et en considérant que c'est une logique normale et que c'est une vérité scientifique. En réalité, c'est un a priori métaphysique, c'est un mythe au sens d'un discours de la société sur elle-même, qui est non reconnu, qui est non formulé comme tel, mais qui est considéré comme une évidence.
Donc du coup, on peut parler du mythe du progrès ou du mythe occidental qui serait le mythe de l'objectivité, le mythe de la séparation entre moi, le monde extérieur, entre l'univers, entre les différentes parties de l'univers. On vient de voir en réalité qu'un certain nombre d'expériences, même scientifiques, remettent en cause cette vision du monde. La deuxième conséquence, c'est que comme la science ne traite pas et ne peut pas traiter de la question du sens du fait de sa méthodologie,