La légende Fang
En poursuivant son étude des mythes et légendes s’étalant sur plus de quarante-quatre siècles et dont la structure narrative (et initiatique) peut, selon l’auteur, s’interpréter d’après la construction des huit hexagrammes du Yi King : Jean-Louis Brun nous emmène aujourd’hui à la découverte d’un mythe africain, la légende Fang.
Dans la région du Gabon, Ombure , dieu crocodile, règne sur les eaux et les forêts. Chaque jour, la tribu voisine doit lui apporter en offrande un homme, afin de combler sa voracité. Jusqu’à ca que Ombure devienne père de Ngurangurane, mi homme mi crocodile…
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Un exposé de dix-huit minutes basé sur l'ouvrage « Sagesse et initiation à travers les contes, mythes et légendes fang » (Ed Harmattan) de Mve-Ondo, Bonaventure.


Extrait de la vidéo
Alors, nous allons maintenant partir en Afrique noire, au Gabon, dans la région du Gabon, pour constater qu'une légende d'une ethnie qui s'appelle les Fangs correspond elle aussi au scénario universel des mythes et des légendes que nous avons présenté à la séquence initiale de cette série. Nous allons donc parler d'un scénario universel des mythes et des légendes qui s'exprime sous la forme de huit symboles successifs et que l'on retrouve symboliquement dans plus d'une douzaine de mythes et de légendes sur toute la planète, sur tous les continents, depuis au moins 4000 ans, peut-être 7000 avec le plus vieux d'entre eux.
Et bien là, c'est la légende de Ngurangurang, le fils du crocodile, chez les Fangs en Afrique. Mon texte de référence ici, c'est un livre qui s'appelle « Sagesse et initiation à travers les contes, mythes et légendes Fangs ». C'est aux initiants l'Armatan. L'auteur est monsieur, le professeur Bonaventure Mveondo, j'espère ne pas écorcher la prononciation de son nom, qui est docteur S.
Lettre et professeur à l'université Omar Bongo au Gabon et vice-recteur de l'agence universitaire de la francophonie. C'est lui donc qui a recueilli cette légende ou ce mythe de l'ethnie Fang. Alors les Fangs, je cite l'auteur, c'est un groupe ethnique qui comprend les Fangs du Gabon, mais aussi les Ewondo, les Boulou et les Bétis du sud Cameroun et de la Guinée équatoriale. Selon le professeur Mveondo, je cite, « les différentes versions du mythe de l'Evus, comme la légende de Ngurangurang, dont nous allons parler ici, ne proposent pas, comme certains l'ont cru, l'histoire des étapes majeures des migrations Fang.
Elles le renvoient plutôt à des expériences fondamentales de type initiatique ou philosophique ». Alors j'ai tenu à citer le professeur Mveondo parce que ce n'est pas toujours que les universitaires placent en première position la dimension d'éternel présent, la dimension initiatique et philosophique au sens vrai du terme des récits que sont les mythes et les légendes. Il les rattache plus souvent à une dimension historique que je trouve compatible mais réductrice.
Et donc ce que veut dire le professeur, en tout cas ce que je comprends là, c'est qu'il n'y a pas que la principale dimension de ce mythe n'est pas sa dimension historique, existerait-elle, mais sa dimension ésotérique. Alors dans le scénario universel des mythes et des légendes, la première étape sur les huit, c'est la sortie des eaux inférieures qui représentent le dualisme qui coupe l'homme en deux.
On a vu dans les travaux d'Hercule ces juments qui déchirent l'ami d'Hercule. Ces eaux inférieures, c'est le monde inférieur, c'est les pensées obscures qui sont également assez souvent symbolisées par une forêt. Par exemple la Gaste forêt dans l'histoire de Perceval, le Comte du Graal, ou la Selva Oscura dans le premier chapitre de l'Enfer de Dante. On trouve d'ailleurs que les eaux inférieures et la forêt sont des symboles équivalents, symboles du chaos, de l'obscurité, du désordre, de la multiplicité, dont on doit sortir pour commencer un travail initiatique.
Dans la légende fengue, comment cela s'exprime-t-il ? Eh bien les fengues habitent au bord d'une grande étendue d'eau, un fleuve si large que l'on ne peut apercevoir l'autre rive. Et il y a un crocodile dans cette eau, un crocodile qui coupe les hommes en deux, exactement comme cette dualité, ce dualisme dont nous parlions. Alors ce crocodile vient de cette eau et il se trouve que ce crocodile règne non seulement sur l'eau mais sur la forêt.
Je cite le mythe, la légende, à cette époque-là les fengues demeuraient au bord d'un grand fleuve, grand, si grand qu'on ne pouvait apercevoir l'autre rive. Ils pêchaient sur le bord mais ils n'allaient pas sur le fleuve. Donc voyez vous avez un peuple qui reste au sec au bord d'une étendue d'eau. Or le tableau symbolique qui correspond à cette étape, c'est une étendue d'eau qui s'assèche, on passe de l'eau au sec.
Dans le fleuve, je cite, vivait un énorme crocodile, ses dents coupaient un homme en deux comme je coupe une banane. Et je cite toujours, et le nom de ce crocodile c'était Hombur. Les eaux obéissaient à Hombur, les forêts obéissaient à Hombur. Et voyez qu'on retrouve l'équivalent symbolique des eaux et de la forêt.
Il était le chef de la forêt mais il était surtout le chef de l'eau et qu'il règne sur les deux éléments. En fait il règne sur quelque chose qui est une seule chose en réalité, c'est cette obscurité, ce chaos, ce symbole équivalent de l'eau inférieure. Alors l'étape 2 du scénario universel des mythes et des légendes est caractérisée par le désir, par l'appétit insatiable des passions, la conquête territoriale, le côté guerrier, le côté attraction pour la matière.
Et puis ensuite par la maîtrise de ses passions. Dans la légende de Fang, cela se traduit par la suite de l'histoire. Hombur, le crocodile, demande au chef des Fang de lui livrer chaque jour un esclave, un membre de la tribu en réalité. « Chaque jour j'ai faim », dit-il.
Donc on voit bien que le crocodile est en proie, comme dans le scénario universel, à des passions, à un appétit insatiable. Pour payer ce crocodile, les Fang faisaient la guerre. Ils allaient chercher des esclaves, loin, loin, et ils étaient partout vainqueurs. Donc ils sont dans la conquête d'un territoire extérieur.
Les Fang ensuite, las de cette guerre et de cette menace permanente, partiront en migration pour échapper au crocodile, ce qui correspond à l'étape suivante, l'étape 3 qui correspond au voyage. Mais ils commettront l'erreur de s'installer dans la forêt, et vous le savez, la forêt est aussi le domaine de ce crocodile. Donc la situation précédente va se répéter. Le crocodile les retrouvera et les soumettra à nouveau aux sacrifices humains.
Et puis un jour, le crocodile épargne une fille qui lui a été livrée. Le lendemain, dit le texte, lorsque reparu le jour, la fille du chef était encore là. Hombur l'avait épargnée. Mais neuf mois après, la fille du chef eut un enfant, un enfant mâle.
En souvenir de sa naissance, ce garçon fut appelé Ngurangurang, le fils du crocodile. Donc on assiste ici à un appétit qui a pu se calmer un petit peu. On ne verra pas tant que ça, on verra par la suite. Et à la naissance de ce Ngurangurang qui est le héros qui va sauver les fangs du crocodile.
Alors l'étape 3, justement, nous avions un petit peu anticipé. L'étape 3 dans le scénario universel des mythes et des légendes, c'est le voyage. C'est