Mère-Fille: étude astro-psychologique
Qu'en est-il des mythes et de l'astrologie dans leur rapport avec la psychanalyse? Pour Eric Berrut, les mythes mettent en lumière les forces psychiques à l'oeuvre tout au long du lent processus d'individuation, selon le concept de C.G. Jung. L'astrologie contribue également à reconnaître les divinités, les composantes psychiques, à l'oeuvre en l'homme. La pensée symbolique participe ainsi à l'enrichissement de notre vision des choses et du monde.
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Ici, l'auteur revient sur le mythe de Déméter, Coré et Hadès, dont l'enjeu est notamment la transformation de "la jeune fille" en femme souverraine qui a "accompli la mutation". Analysant tous les détails de l'histoire, il nous entraîne dans les profondeurs du Féminin qui, en se différenciant de sa dimension maternelle, s'ouvre à sa dimension érotique, dans sa complémentarité avec le masculin. Toute une odyssée sensée conduire celle qui l'entreprend à "l'éclosion de soi".
Extrait de la vidéo
En reprenant l'histoire d'Édipe ou bien l'histoire de Narcisse, la psychanalyse a certainement contribué à mettre en lumière l'actualité des mythes, même si elle y a recouru, à mon avis, de manière tout à fait discutable, elle a en tout cas rappelé que les personnages de la mythologie ne sont pas endormis, ils ne sont pas endormis dans une statuaire de musée mais ils continuent de vivre en nous et à travers nous.
Les héros, les héroïnes des mythes, des légendes, les princes et les princesses des contes de fées ne nous sont pas du tout étrangers et si leur histoire nous interpelle avec tellement de force, c'est que cette histoire est simplement la nôtre, c'est qu'elle vient résonner avec quelque chose qui nous est extrêmement intime. Si on est analyste ou psychothérapeute, on n'est pas étonné de voir arriver dans son cabinet une personne en quête d'être, en quête de miroir, qui semble reprendre à son compte l'histoire jouée par Narcisse, telle que Ovid nous l'a relatée dans ses métamorphoses.
Si on est astrologue, on est habitué à identifier le mythe qui se cache derrière un récit de vie. C'est tout à fait familier à l'astrologue de reconnaître une divinité planétaire à l'œuvre quand une personne expose ce qui lui tient vraiment à cœur ou bien quand elle expose une problématique de vie. Au-delà des destins et des biographies qui se tissent, il y aurait une trame mythologique sur laquelle viennent se nouer les fils de l'histoire, pas seulement des individus mais aussi des peuples et des nations.
Cette trame mythologique précisément, cette trame archétypale, les mythes nous la donnent à voir de façon exemplaire. Notre culture est tellement colonisée par un mode de pensée de type cerveau gauche que pour la plupart de nos contemporains, la pensée symbolique apparaît comme étant archaïque au regard du mode de pensée dominant. Les mythes, les légendes, les contes de fées n'ont de valeur que pour les enfants ou à la limite pour les poètes.
Mais il se pourrait bien que nous sacrifions notre propre âme d'enfant en ne sachant plus regarder avec les yeux qui sont les leurs, en ne sachant plus porter sur le monde le regard émerveillé qui est celui des enfants. Dans l'avant-propos de son livre « Images et symboles », Myrcia Eliade rappelle que la pensée symbolique n'est nullement du ressort exclusif de l'enfant et du poète, mais il dit, je le cite, qu'elle est consubstantielle à l'être humain.
Les images, les symboles, les mythes ne sont pas des créations irresponsables de la psyché, ils répondent à une nécessité, celle de mettre à nu les modalités les plus secrètes de l'être. De son côté, ce que Jung a offert vraiment de particulier, c'est qu'il nous a conduit à considérer les facteurs mythologiques qui sont à l'arrière-plan de la destinée humaine. Il a appris aux psychologues à penser, ou plutôt réappris aux psychologues à penser dans les termes même du symbole.
Il nous a appris à écouter le langage de la psyché elle-même, de réapprendre le langage qui est le langage propre à la psyché. Et ce langage, quel est-il ? Les rêves nous le montrent bien. Ils parlent en images, ils se déroulent comme des histoires, comme des contes ou comme des mythes.
Leur langue est celle du symbole. Comme aucun discours analytique ne saurait le faire, les mythes mettent en lumière les profondeurs de l'âme humaine avec les forces qui nous travaillent intimement. Narcisse, par exemple, évoque le long et difficile processus de la connaissance de soi, comme le jeune homme qui se penche à la fontaine et qui finit par découvrir son visage et finalement donner naissance à la fleur de lui-même dans l'éclosion du narcisse.
Un autre mythe, comme celui de Psyché et d'Héros, nous parle de la longue et aussi douloureuse quête d'Héros, la longue et douloureuse quête de l'amour, avec les épreuves que Psyché doit surmonter sur le chemin de cette quête. Dans un de mes livres, je m'attache à explorer un autre grand mythe grec, celui de Déméter et de sa fille Corée Persephone. C'est à Homère, dans son hymne à Déméter précisément, que nous devons la version la plus ancienne de ce mythe.
Je vais me contenter de relater les épisodes les plus importants de l'histoire, ceux sur lesquels je vais revenir dans le commentaire qui va suivre. Déméter a une fille, une fille qu'elle chérit par-dessus tout, à laquelle elle a donné le nom de Corée. Cette fille, elle en parle dans la bouche d'Homère, dans des termes très beaux. Elle dit « tendre fleur, admirablement belle ».
Le mythe commence quand Corée a 12 ans et un jour, elle est accompagnée de ses amies, les filles d'Océanos, et elles sont toutes dans une prairie à cueillir des fleurs. À un moment donné, Corée s'éloigne de ses compagnes. Elle est attirée par un massif de narcisses. Elle se penche pour humer le parfum, si attirant des narcisses.
Elle se penche pour cueillir des narcisses. Et tandis qu'elle se penche, à l'instant même, le sol s'ouvre sous ses pieds. Une faille de la terre se déchire, et de cette faille, Hadès surgit du monde souterrain. Hadès saisit Corée pour l'emporter dans son royaume.
Corée appelle au secours. Personne ne l'entend apparemment, en tout cas personne ne se porte à son secours, et Corée disparaît avec Hadès dans la profondeur du monde souterrain. Un peu plus tard, Déméter cherche sa fille. Elle commence à s'inquiéter de ne plus la revoir.
Elle se renseigne. Personne n'est en mesure de lui donner des informations. Déméter est de plus en plus inquiète. Hécate lui dit qu'elle a bien entendu Corée appeler au secours, qu'elle a voulu se porter en direction des cris, mais qu'elle n'a rien vu.
Alors, c'est l'angoisse qui se met à étreindre Déméter. Elle va voir Hélios, le soleil qui voit tout. Et Hélios lui raconte ce qui s'est passé. Alors, la douleur et la colère étreignent le cœur de Déméter.