Aphrodite ou la grande déesse de l'amour

Née de l'écume des flots, Aphrodite est la déesse de l'amour et de la beauté dans la tradition grecque. Appartenant au panthéon des dieux les plus importants, elle incarne tant l'amour pur, spirituel et religieux, que l'amour charnel et profane. En outre, si elle préside au sentiment amoureux, c'est Eros qui régit le désir et la passion.

Liés l'un à l'autre, ils figurent tout  la fois des forces suprêmes de création ainsi que les ressorts intimes de la communion des êtres.

Dans cet exposé de 52 minutes, Michel Cazenave revisite le mythe d'Aphrodite (Vénus dans la mythologie romaine). En l'affiliant à la figure archétypale de la Déesse Mère, il en fait la clé du retour à l'androgynat et du processus d'individuation, cher à la psychologie jungienne.

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Une conférence organisée par l'Entrepot et l'Université du Symbole

Extrait de la vidéo

Pour parler d'Aphrodite, je voudrais d'abord rappeler quelle est son origine d'après la mythologie grecque. Encore que cette mythologie, je vais être amené à la remettre en doute ensuite. Vous vous rappelez peut-être la manière dont est racontée la naissance des dieux et les différentes générations divines dans ce poème qui s'appelle la théogonie des iodes, qui va exactement dire la fabrication, l'engendrement des dieux.

Et rappelez que quand même au départ de tout, il y a ce que l'on appelle le chaos. Et j'insiste dessus dans la mesure où le chaos dans le grec ancien ne signifie absolument pas ce que nous croyons d'habitude. C'est-à-dire quelque chose d'indifférencié, d'informe, etc., qui a un sens qui s'est imposé à la période classique, puis ensuite chez les auteurs latins, mais où au départ, en grec ancien, le chaos voulait dire la faille et l'abéance, et qui était en fait un mot dont on se servait pour désigner le sexe féminin.

C'est-à-dire qu'il y a cette idée qu'au départ, il y a vraiment du maternel ou du matriciel, c'est-à-dire d'où est sortie toute la création et d'où sont sortis tous les dieux. Dans le cas d'Aphrodite, c'est quand même assez étonnant, puisqu'on sait que le chaos donne naissance à la Terre au large flanc, si je me rappelle bien. L'expression des iodes donne naissance à ce qui, d'un point de vue un peu abstrait, va donner la nuit, les puissances de la nuit, les puissances du jour, les terres, etc., et donne naissance au dieu Eros.

Alors, si on a la Terre Mère, la déesse Terre, de toute manière, Gaïa, qui d'ailleurs, on le sait aujourd'hui, est quand même une des premières apparitions des divinités pré-indo-européennes, c'est-à-dire avant les invasions grecques proprement dites, on sait que d'elle-même, par parthénogenèse, si on peut le dire, c'est-à-dire sans l'aide de quiconque, la Terre donne naissance au ciel étoilé. Bon, le ciel étoilé qui est son fils et avec lequel elle s'accouple immédiatement, et qui donne naissance à tout un certain nombre de créatures mythologiques qu'on appelle les titans, et parmi ces titans, il y en a un qui est particulièrement important, qui est le dieu Cronos.

Il y a une espèce d'embrassement perpétuel entre le ciel étoilé et la Terre, ce qui fait qu'alors là, pour le coup, il y a de la forme, puisque tout est tout le temps mélangé, tout est tout le temps uni, et la Terre, n'en pouvant plus, demande à son fils Cronos, précisément, de la séparer de son mari, elle lui remet ce qu'on appelle une harpée, l'équivalent d'une serpe, si vous voulez, entre les mains, de manière à émasculer, ou Rhanos, à émasculer le ciel étoilé.

Ce que fait Cronos, et alors là, c'est quand même tout à fait étonnant, puisqu'on nous dit que le sperme de Cronos, enfin le sang en même temps, enfin le sperme et le sang mélangés, de Cronos jaillit sur la Terre, et qu'il va en être Aphrodite. Alors déjà, on peut se poser la question, qu'est-ce que veut dire que naisse la plus belle des déesses, la déesse de l'amour, à partir d'un sperme masculin. Mais généralement, on ne fait jamais attention au fait que Aphrodite naît, les grecs n'étaient pas une étymologie d'autospray, ils ont rapproché le nom d'Aphrodite du mot grec aphros, qui veut dire lécume, donc on disait Aphrodite c'est la naît de lécume, je ne sais pas si vous vous rappelez le tableau de Bodicelli par exemple, sur la naissance de Vénus, à laquelle on voit effectivement la déesse, enfin Vénus n'étant le nom latin simplement, la déesse sortir de lécume, mais ce à quoi on n'a jamais fait attention, ce qui pose véritablement une question, c'est que le sperme et le sang mélangés d'Uranos tombent sur la mer.

Alors évidemment, nous la mer, on l'imagine comme féminine, en disant c'est du sperme masculin qui tombe sur la mer, donc ça va donner naissance à quelque chose. Il faut se rappeler que pour les grecs, la mer, qui existe déjà en tant que divinité, elle fait partie des titanides, la mer c'est Pantos, autrement dit c'est un homme, c'est masculin. Comment est-ce qu'une déesse naît d'un sperme masculin sur un réceptacle masculin ?

Ça, généralement les Hellénistes ne se sont pas beaucoup affrontés à ce genre de problème. Je pense qu'il faudra les regarder, et honnêtement je n'ai pas de réponse moi non plus, mais je pense qu'il faudra les regarder vis-à-vis de ce que l'on sait bien aujourd'hui, depuis 30 ou 40 ans quand même de renouveau des études helléniques en France, à savoir que ça aurait à voir avec des scénarios d'initiation, des scénarios d'initiation qui chez les grecs anciens, comme pratiquement chez tous les indo-européens, sont clairement des rites d'initiation homosexuelle.

Donc là, éventuellement, on trouverait peut-être une piste sur laquelle il faudrait chercher. Mais je le dis, ça c'est la version telle qu'elle nous est présentée par Hésiode, qui est quand même une version déjà assez tardive, c'est le 8ème ou 7ème siècle avant Jésus-Christ. Je crois qu'absolument tous les archéologues aujourd'hui sont d'accord pour nous dire que ce n'est absolument pas l'origine d'Aphrodite.

C'est une origine recomposée, si on peut dire, réinventée par les grecs afin de l'introduire dans leur panthéon. Puisque nous en avons tout un certain nombre d'attestations et d'attestations archéologiques, Aphrodite, comme une autre déesse grecque très connue, Artemis, la diane des latins, en réalité est d'origine proche asiatique. Et son nom, on l'a retrouvé particulièrement en Frigie, c'est-à-dire l'endroit où va naître le culte de la déesse Percibelle, son nom au départ est Aphrodétie.

Ce qui renvoie d'ailleurs à un très vieux radical indo-européen, puisqu'on sait que la Frigie a été colonisée par une branche des indo-européens, qui renvoie à un radical indo-européen, le Détie, de Aphrodétie, qu'on trouve dans le nom original, par exemple, d'Artemis, puisqu'on sait aujourd'hui que le nom d'Artemis, le vrai nom, c'était Ardé-Timoule. Ar-Détie, ce prochain boule. Et le Détie renvoyant précisément à la notion de divinité.

Ce qui explique d'ailleurs en même temps les diverses origines qui sont données à Aphrodite, puisque le premier lieu de naissance, lorsqu'elle serait née de l'écume dans l'imagination des Grecs qui recomposent leur mythologie, le premier lieu où elle apparaît, c'est l'île de Chypre. Je ne sais pas si vous avez déjà visité l'île de Chypre. Enfin, l'île de Chypre, on sait que c'est à quelques kilomètres de la Turquie, en réalité.

Et on voit très bien comment elle commence le voyage, en quelque sorte, vers la Grèce, et ensuite, on la verra naître dans différentes îles, jusqu'au moment où elle arrive en Grèce. À travers les témoignages que nous en avons, on se rend bien compte que... Donc là, je suis obligé, évidemment, de passer de la mythologie à la réalité archéologique. On se rend compte qu'elle a toutes les caractéristiques des anciennes déesses mères.

Elle a toutes les caractéristiques des anciennes déesses mères, en particulier celle d'être androgyne. Je le signale parce que je sais que généralement, Aphrodite, ce n'est pas exactement comme ça qu'on la voit. D'être androgyne, puisqu'on a retrouvé, particulièrement à l'île de Chypre, qui était un de ses grands lieux occultes, on a retrouvé des statues dans lesquelles on voit Aphrodité et Aphroditos.

Bon, Aphroditos, c'est effectivement Aphrodite au masculin. C'est-à-dire qu'elle était conçue, je vais le traduire dans le langage de la psychologie qui est la mienne, à laquelle j'adhère, elle est conçue comme ayant sa propre dimension masculine intérieure. C'est ce qu'on peut dire.

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