Cet écrivain, dont le pessimisme radical a ouvert des abîmes aux yeux de la première génération des romantiques qui lui a succédée et l’a souvent admirée (jusqu’à Nerval, Balzac et Proust) se trouve être le révélateur d’un moment décisif dans la culture européenne et française. C’est en effet le moment de la Révolution Française, moment où les jeunes promoteurs de l’idéalisme allemand affirme la littérature comme absolue et autonome. Cette autonomie, revendiquée dans la lignée de la troisième critique de Kant, vise à affranchir poésie et littérature du domaine théologique et moral, domaines surlesquels la Pratique des lettres jusqu’à présent, s’adossaient.
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Ce nouveau courant qui minimise le rôle de médiation institutionnelle (explicitement en ligne de mire figurent l’Etat et la religion) rejette le besoin d’une Révélation, d’une quelconque transcendance au profit d’un "droit naturel logé en chacun de nous "…. Mystique ? Religion individuelle ?
"Cet absolutisation du Moi et l’absolutisation de la littérature sont historiquement concomitante, relevant analogiquement du même processus définissant un centre d’où tout procède et vers lequel tout revient …. " nous-dit Patrick Marot.
Déni de l’altérité…. Autocentrement de la littérature ou des Lettres, étions-nous alors dans les prémisses de ce qui aller devenir le nihilisme (comme l’a écrit Jacobi ) et qui sera quelques années plus tard réaffirmé par Nietzsche et son "Dieu est mort" ?
En quoi la pièce Obermann (1804) révèle-t-elle le rôle de précurseur de Senancour lorsqu’il décrivait " je vois le monde sombrer dans un abîme sans origine et sans destination, et qui condamne l’homme à errer dans les chaînes d’une nécessité qui l’écrase mais qui lui reste incompréhensible …."
Réponses de Patrick Marot dans cette intervention de 29 minutes filmée à l’université du Mirail (Toulouse) lors du colloque "Mystique, littérature et arts de la représentation du XIXème siècle à nos jours" organisé par Lydie Parisse.