Maurice Zundel: sa vie et son oeuvre

Maurice Zundel (1897-1975) prêtre, poète et penseur suisse restera sans aucun doute comme une des figures spirituelle les plus marquantes et les plus originales du christianisme du 20ème siècle. A l’âge de 14 ans, il fait vœu de pureté et s’engage spirituellement. Suivront des études de théologie qui ne le satisferont pas totalement car déjà il commence à tracer les lignes de son appel hors des dogmes rigides de l’Eglise.

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A l’instar d’un Pierre Teilhard de Chardin, son originalité lui vaudra des problèmes au sein de sa hiérarchie pendant toute son existence. Il subira une longue période d’exil car comme avait dit l’évêque d’alors : «C'est un franc-tireur, et l'Eglise n'aime pas beaucoup les francs-tireurs ». Cet exil affirmera sa pensée résolument centrée sur le silence, la pauvreté et l’expérience : Rome où il est contraint de réviser sa théologie et découvre le thomisme; Paris qui marque la rencontre fondamentale avec la mystique trinitaire de St François d’Assise et avec l’abbé Montini, futur Paul VI ; Jérusalem, où il approfondit sa connaissance déjà vaste des langues anciennes ; Le Caire, où il découverte l’Islam. Puis il retourne en Suisse. 

Maurice Zundel mènera une vie de prédicateur itinérant les trente dernières années de sa vie. Une trajectoire existentielle qui façonnera en profondeur sa vision de l’homme et de Dieu qu’il nous a léguée dans une vingtaine de livres et des centaines de conférences. Une vision essentiellement centrée sur un Dieu conçu comme suprême pauvreté et éternelle redécouverte. Le Dieu de Jésus, unique et trinitaire qui nous délivre du Dieu unique et solitaire, despotique et tout puissant de l’Ancien testament. Un Dieu intérieur, innocent, aimant, pauvre, souffrant et fragile qui se donne à l’homme afin qu’il retrouve en lui-même sa divinité. Car, pour Zundel, le seul canal d’apparition de Dieu reste l’homme, et seule la transfiguration humaine peut le manifester. 
Michel Fromaget, anthropologue, nous fait découvrir la parabole extraordinaire de ce mystique contemporain. Il nous rend l’essence de sa pensée qui s’appuie sur une anthropologie tripartite de l’homme (corps, âme, esprit), sur le thème de la Nouvelle Naissance et de l’immortalité conditionnelle. 
Une pensée de prime abord singulière mais dont Michel Fromaget nous dévoile les correspondances subtiles avec le Christianisme Ancien, celui du Christ dans sa tradition la plus pure transmise aux anciens par les apôtres. Un exposé de 54 minutes filmé au Forum 104.

Extrait de la vidéo

L'objet de mon exposé sera de vous faire découvrir la pensée de Maurice Zindel. Il est de vous introduire donc à Maurice Zindel. Eh bien, un mot revient très régulièrement dans la bouche des hommes, des personnes qui ont eu le privilège de connaître Zindel. Ils disent que l'homme, sa pensée, sa parole étaient fulgurantes.

Paul VI, qui avant d'être pape, connut bien Zindel à Paris, disait de lui ceci, à savoir qu'il l'a toujours tenu pour un génie, génie de poète, génie de mystique, écrivain et théologien, et tout cela fondu en un avec des fulgurations. Jean Guitton rapporte, entre autres, ce propos dans son journal. Zindel a passé les trois quarts de sa vie en exil, à Paris, à Londres, à Beyrouth, Jérusalem, au Caire et ailleurs.

Il a prononcé plusieurs milliers de sermons, discours, conférences, causeries. Il a prêché des centaines de retraites, et ceci quasi toujours sans la moindre note, d'une nature extrêmement curieuse et recherchant inlassablement la vérité en toute chose, Zindel était très au fait des grandes avancées de la science de son temps, qu'il s'agisse de physique, de biologie ou de psychologie. Grand connaisseur des langues anciennes, il maîtrisait si bien l'hébreu que ses traductions des psaumes ont émerveillé les plus exigeants.

L'arabe lui était devenu si familier que sa traduction du Coran passait à beaucoup d'égards pour meilleure que certaines dues à des professionnels de langues orientales. Sa pénétration de l'assyrien, du syriac, du copte était telle que la compréhension de ces trois langues ne lui posait guère de problèmes. Zindel dormait en moyenne trois heures par nuit et, comme on sait, la diminution du besoin de sommeil qui peut aller parfois jusqu'à ce qu'on appelle l'agrippnie ou absence totale de sommeil, cette diminution est un trait courant chez les âmes mystiques.

En outre, Zindel, par esprit d'humilité, ne s'est nourri que de quelques pommes de terre par jour. Vous voyez, nous ne sommes pas loin là non plus de l'inédit. Et quelques confidences sûres l'ont affirmé. Zindel bénéficiait parfois de ces grâces extraordinaires qui n'échoient qu'aux âmes saines.

En fait, qui lit Zindel avec attention comprend bien vite qu'après lui, ni l'homme ni Dieu ne peuvent se penser comme avant. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres publiés de son vivant, d'une quinzaine d'œuvres posthumes, et je ne compte pas moins aujourd'hui d'une quarantaine d'ouvrages de langue française sur Zindel. Nonobstant, Zindel demeure de nos jours encore pratiquement inconnu. Sans doute, n'est-ce pas pour rien, puisque son anthropologie, sa conception de l'homme, ne fait guère cas de l'homme moderne et qu'elle lui démontre qu'il est pratiquement toujours, le plus souvent, totalement inexistant.

Sans doute, n'est-ce pas pour rien, puisque sa théologie se joue du dieu des catéchismes en dévoilant ses archaïsmes et ses travers absolument intolérables. Oui, Zindel est de nos jours encore méconnu. Et à l'heure où les fidèles désertent les églises et où le dialogue entre les grandes religions demeure encore si difficile, c'est là, à mon sens, un immense dommage, car la spiritualité zindélienne, tout à la fois étincelante et libre, qui sans cesse affirme le primat de l'expérience sur le dogme, le primat de l'intériorité sur l'extériorité, cette spiritualité est, à mon sens, l'une des très rares de notre temps, si ce n'est la seule, à pouvoir redonner au christianisme actuel le sens du mystère qui lui manque, et elle est la seule à proposer à ses échanges, me semble-t-il, des perspectives anthropologiques véritablement nouvelles.

L'exposé qui suit, compte tenu du temps de parole qui est toujours compté, ne pourra faire mieux que de signaler les grandes dates de la biographie de Maurice Zindel et de donner un premier aperçu d'une part sur les thèmes clés de sa théologie et d'autre part de son anthropologie, enfin de sa spiritualité. Qui est donc Maurice Zindel ? Voici quelques repères biographiques. Il naquit à Neuchâtel, donc en Suisse, le 21 janvier 1897.

Il est le troisième enfant d'une famille de quatre. Les parents de Maurice sont catholiques, pratiquants, mais sans élan spirituel. En fait, Zindel, enfant, héritera de ces élans spirituels de sa grand-mère maternelle, qui, elle, est protestante. A l'école de Neuchâtel, Zindel est le camarade de Jean Piaget, le célèbre épistémologue généticien.

Avec lui, il découvre les sciences naturelles et s'initie déjà, enfant, très sérieusement, aux autres sciences. Peu avant sa quinzième année, le 8 décembre 1911, dans l'église de Neuchâtel, alors qu'il prie devant une statue de Notre-Dame de Lourdes, Zindel vécut sa première grande expérience spirituelle. Il ressent, je reprends ces paroles, il ressentit alors quelque chose d'intraduisible, une grâce mystérieuse, une présence, une sorte d'appel urgent, instantané, rien de visible, mais quelque chose d'intérieur qui ne souffrait aucune résistance.

À la faveur de cette heure étoilée, ainsi que la nommera Zindel en reprenant une expression de Stéphane Zweig, il découvre tout à la fois l'exigence de la pureté et de la chasteté, celle du recueillement et du silence, toutes conditions indispensables à la naissance du Verbe de Dieu dans les profondeurs de l'âme humaine. Ainsi donc, c'est ça qui me paraît essentiel et si étonnant. Avant même l'âge de 15 ans, Zindel avait déjà aperçu toute l'importance du dépouillement total, toute la fécondité de cette absence à soi qu'il nommera plus tard vide créateur et qu'il analysera sous ce vocable.

De 1913 à 1915, Zindel passe deux ans au collège de l'abbaye bénédictine d'Einziden. Là, il vécut d'autres instants étoilés à la faveur desquels Dieu se révéla à lui, intérieurement bien sûr, comme amour et beauté, silence et provoqué. De 1916 à 1919, Zindel fait ses études de théologie au grand séminaire de Fribourg. Alors là, il faut dire que cette période fut pour lui particulièrement éprouvante.

En effet, le dieu des dogmes et de la scolastique qui était enseigné à Fribourg, ce dieu n'avait que peu à voir avec le dieu intérieur qui illuminait déjà la vie de Zindel. Celui-ci aimait alors à dire que Dieu n'est pas une invention, mais une découverte. Pour lui, certainement, la théologie ne naît pas dans les mots, mais elle naît à la faveur d'une expérience. Il le disait, il le redisait, et il était bien sûr très mal vu des esprits de système.

En 1911, il est ordonné prêtre à Fribourg, et la plus grande paroisse de Genève lui est alors confiée. Mais Zindel gère les choses à sa manière. Aux enfants, il préfère enseigner Dieu à travers les beautés du monde naturel et les vérités scientifiques, plutôt que de leur faire réciter le catéchisme. Aux jeunes gens, et à l'époque, il n'hésite pas à parler de sexualité et d'éducation sexuelle.

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