Les enjeux du romantisme
Apparu au cours du XVIIIème siècle, le romantisme est un courant artistique qui se développa en réaction contre le classicisme jugé trop rigide et le rationalisme philosophique d'un monde de plus en plus désenchanté.
Ayant pour but l'exploration de toutes les possibilités de l'art, il se caractérise généralement par l'expression des sentiments, des extases et des tourments de l'âme, l'exaltation du mystère et du fantastique, l'évasion et le ravissement dans le morbide et le sublime.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Après avoir dressé un panorama des nombreux auteurs romantiques allemands, anglais et français qui firent sa renommée, Robert Delafolie revient sur les enjeux de ce mouvement incluant le destin de la nature et de l'homme: l'émergence d'une nouvelle vision du monde sur fond de lutte entre l'ordre traditionnel et le nouveau et la réintégration de la création tout entière dans le grand Tout.
L'Homme, privilégié dans l'ordre naturel, doit se faire l'intermédiaire entre Dieu et la création, en attente de libération. Il "(...) est ainsi là pour accomplir une mission, nous dit l'auteur, sa réintégration dans l'ordre divin qui permet de faire la lumière sur l'ordre humain.".
Extrait de la vidéo
Je dois vous donner quelques petits avertissements. Enfin, un avertissement, surtout. C'est que ce sujet, qui est considérable, a été traité dans trois articles de la revue Initiation et aussi et surtout dans un cycle d'une dizaine de conférences de journée qui ont duré 4 heures chacune, ce qui fait une quarantaine d'heures, voyez-vous. Il y a eu des conférences qui ont duré une dizaine d'heures, des conférences qui ont duré une dizaine d'heures, des conférences qui ont duré une dizaine d'heures, voyez-vous, il y a environ 15 ans au groupe Galade, à la Société Théosophique de France, devant des cherchants et des chercheurs de tous horizons qui étaient déjà d'ailleurs instruits de la question.
Si je vous donne cette précision-là, ce n'est pas en soi qu'elle a un intérêt pour ce que nous disons ce soir, parce qu'on peut dire tout en une heure, ce qu'on va essayer de faire là, maintenant. Tout, très bien, tout l'essentiel, on peut le dire en une heure. Rien ne manque d'essentiel, mais à condition d'un rappel, l'expérience l'a confirmé, d'un rappel nécessaire, aussi précis et concise possible, des personnes, des pensées, des titres, des points forts de la vie et de l'œuvre des auteurs, des acteurs, et de leurs prédécesseurs et précurseurs, pour les uns certains, pour les autres supposés, de ce mouvement immense du romantisme, qui n'est pas considéré dans le monde, qui est certes très connu, mais qui n'est pas considéré à la mesure de ce qu'il représente vraiment, qui est beaucoup plus important que ce qu'on dit et ce qu'on pense généralement.
Mais il sera donc nécessaire pour moi, pendant la première partie de cet exposé, de me livrer à des choses que je n'aime pas beaucoup, c'est l'énumération de personnes, de noms, mais il me semble indispensable de le faire pour que nous puissions voir, vivre, comprendre et réaliser l'ampleur et la hauteur de qui et de quoi il s'agit, à vrai dire, dans cette affaire. Parce que vous savez comme moi, quand on parle du monde romantique, du romantisme, qu'entend-on autour de nous ?
Généralement, il s'agit d'une chose... Bon, c'est bien gentil, c'est pas mal, c'est intéressant, bon, c'est quelque chose d'un peu mièvre, qui rappelle la rêverie, quelque chimère qui est assez pittoresque, où il y a beaucoup d'exotisme, ce qui est vrai, exotisme pas seulement du lieu, mais aussi du temps et de l'époque, puisqu'il s'agit surtout beaucoup d'habituellement sur soi être sensible au rythme.
En gros, c'est ce qu'on entend en général chez la plupart des gens, et même chez des personnes qui ont une certaine culture. Surtout en France, on a une idée du romantisme qui, à mon avis, est tout à fait faussée par ces vues qui sont très générales. Et puis, 2e chose, on dit quoi, le romantisme ? Bon, c'est une époque, le début du 19e siècle, de 1800 à 1830 ou 1850, si on veut être généreux.
Ça, c'est le 2e point. Le 3e, ça concernait surtout ce qu'on pourrait appeler la petite Europe ou une toute petite partie de l'Europe, en gros, la France, l'Allemagne, l'Angleterre, et puis, mon Dieu, quelques régions un peu autour, et puis ça s'arrête là. Quant au milieu, 4e et dernier point, parmi les points principaux, les milieux, c'est-à-dire que quand on parle du romantisme, on pense généralement, on évoque des salons littéraires, et puis ça s'arrête là.
Je n'ai rien contre les salons littéraires, mais c'est quand même pas grand-chose à côté de ce dont on a l'intention de parler ce soir. Donc, voir les choses comme ça, je dirais carrément que c'est une erreur capitale, si j'osais, je dirais colossale. En tout cas, la vérité, c'est, pour ainsi dire, l'inverse absolu de ce qu'on vient d'entendre là. C'est d'abord oublier un oubli qui est de dimension monumentale, qui est celui d'oublier l'époque et du contexte, déjà, dans lequel les choses se sont passées.
C'est oublier que nous sommes là, dans une période qui, en Europe, là où les choses se sont développées en premier lieu, une période où c'était celle de l'opulence, de l'insolence de l'opulence, d'un monde arriviste et aphériste, d'un monde, en fin de compte, que je qualifierais, excusez-moi, de vulgaire, prétentieux et sans principe, qui écrasait, qui côtoyait, qui écrasait, tout en le côtoyant, la misère, le mal, le malheur, la maladie des classes populaires et ouvrières de l'époque.
Il n'y a qu'à voir à l'évocation beaucoup d'œuvres, beaucoup de rapports de l'époque, quand ils nous parlent de ce qu'étaient les asiles, les prisons, les hospices de cette époque, les mouroirs aussi, et la vie en général de ce qu'étaient celles des classes qu'on appelle laborieuses de l'époque. Ça nous donne une idée, déjà, que ça nous fait réfléchir sérieusement sur les appréciations de mièvrerie, de légèreté, etc.
Alors, le romantisme, lorsqu'il est apparu en France, les choses ont commencé, à vrai dire, par la peinture, par une œuvre de Géricault, le Radeau de la Méduse, et une autre œuvre, ou deux autres œuvres, plutôt, d'un autre peintre, Delacroix, parlant de l'orpheline au cimetière et de Dante et Virgule aux enfers. Ces peintures étaient destinées, notamment et surtout le Radeau de la Méduse, de nous faire voir, de traiter et de rappeler ce que sont les fragilités de nos valeurs, parce que vous connaissez l'histoire du Radeau de la Méduse, l'histoire historique, la réalité historique du Radeau de la Méduse.
C'était le Titanic en plus petit, mais avant le Titanic, mais ça s'est passé d'une façon absolument horrible. La Méduse, ce bateau qui a sombré, et une centaine de personnes se sont retrouvées sur ce radeau, et après, il y en avait beaucoup moins, pour la bonne raison qu'on avait commencé par expédier... On ne connaît pas tous les détails. D'une manière ou d'une autre, les gens les plus faibles, pour ne pas que le radeau puisse sombrer, et puis, mon Dieu, après, on s'est étripés les uns les autres pour survivre.
Ça n'était même pas une critique dans l'esprit de Géricault. D'après tout ce qu'on a pu savoir, c'était simplement un constat du fait de l'état du monde et de la fragilité, de l'erreur, du dérisoire de toutes nos appréciations du monde. En fait, quand on nous fait voir le monde, vous voyez le monde, on peut le considérer comme beau, comme gentil, quand on est très heureux, quand on est tranquille, qu'on n'a pas trop d'ennuis, qu'on n'a pas encore connu les affres de la vieillesse ou de la maladie ou de la misère ou jamais connue, enfin bon, et bien que finalement, la vérité, c'est pas ça, la vérité, la voilà, le radeau de la méduse.
C'était quand même quelque chose, c'était une alerte très sérieuse. Et puis, à peu près à la même époque, apparaissent quelques oeuvres littéraires. Quelques oeuvres littéraires mineures, tout d'abord, et quelques-unes pas mineures du tout, et puis des articles de journaux et quelques réunions. L'idée qui était répandue par ces premiers auteurs, on peut dire animateurs au début de ce mouvement romantique, c'était que l'oeuvre d'art n'était pas faite pour plaire, contrairement à ce qu'on croyait généralement, mais qu'il s'agissait surtout de souligner le refus, la récusation fondamentale de l'acceptation du destin, de l'acceptation de la fatalité d'un monde qui était qualifié carrément par les premiers romantiques, et puis encore plus après, et beaucoup plus durement et impitoyablement, par l'ensemble des romantiques, un monde de barbarie pure et simple.
Alors, certains auteurs, on peut citer certains auteurs, je commence dans les énumérations, vous m'en excusez un peu, mais il faut quand même que nous sachions qui étaient les animateurs de ce romantique, qu'on sache de quoi il s'agit. Vous aurez... Je vais vous infliger quelques énumérations. Je n'aime pas beaucoup ça, généralement, c'est un peu fatigant, mais on va le faire quand même le plus concentré possible.
Quelques auteurs, donc, Deschamps, Sennancourt, Benjamin Constant, plus connu, Charles Naudier aussi, Gérard de Nerval, encore plus connu que les autres, qui dénoncent déjà les vues butées et bornées de l'homme en général à l'égard de... qui limite en fin de compte ses activités, ses pensées, ses soucis à lui-même,