Entretiens autour de Simone Weil

"Il y a une réalité située hors du monde, c'est-à-dire hors de l'espace et du temps, hors de l'univers mental de l'homme, hors de tout le domaine que les facultés humaines peuvent atteindre. (...) C'est d'elle uniquement que descend en ce monde tout le bien susceptible d'y exister, toute beauté, toute vérité, toute justice, toute légitimité, tout ordre, toute subordination de la condition humaine à des obligations" écrit Simone Weil dans "Ecrits de Londres".

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Philosophe et mystique française du XXè siècle, Simone Weil s'est engagée pour la cause ouvrière, elle a enseigné la philosophie et participé à la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale. Forte de ses choix radicaux, elle a fait l'expérience d'une révélation sous forme d'illuminations qui coïncide avec sa découverte du christianisme.

Quelles sont les grandes étapes de sa vie? Quel est l'itinéraire de son âme? Quelle est l'influence de son expérience mystique sur sa pensée? Réponse des auteurs dans cette interview de 66 minutes menée par Audrey Fella depuis le Pub Saint Germain (Paris).

Extrait de la vidéo

Christine Raveudon, Jean-Luc Sigaud, bonjour, vous êtes tous les deux anciennement professeurs, aujourd'hui vous chantez dans un chœur classique, ce depuis de nombreuses années, vous vous consacrez à l'écriture et à la poésie, vous êtes entre autres les auteurs de Simone Veil, Mystique et Rebelle, paru chez Entrelas cette année, philosophe et mystique française, Simone Veil est née en 1909 à Paris, dans une famille d'origine juive mais agnostique, pouvez-vous nous rappeler brièvement son parcours jusqu'à ce qu'elle devienne professeure de philosophie ?

Eh bien, elle était une petite fille très choyée par sa famille, assez souvent malade, on l'a opéré d'une appendicite, sa mère aussi, son enfance a été marquée beaucoup par la guerre de 14-18, son père était médecin, il a été appelé sur le front comme chirurgien sa mère qui était une femme très énergique et très décidée avait réussi à suivre son mari, donc il venait dîner à la maison, il faisait des récits de guerre aux enfants, elle en a été marquée pour la vie, le récit des souffrances, elle économisait son sucre pour les soldats et voilà, ensuite elle était une élève, c'était une enfant, elle avait un frère de trois ans plus âgé qui très vite devenu très très brillant et qui l'a pris en charge quand il a eu environ huit ans et elle cinq ans et elle a eu un développement intellectuel, elle passait son temps à courir après son frère, il l'a formé, il s'adorait, ils riaient beaucoup ensemble, mais elle était une élève assez peu conventionnelle, la mère leur faisait donner des cours par les meilleures institutrices qu'elle pouvait trouver, sa scolarité était marquée par toutes sortes d'absences, plus tard quand elle est devenue l'élève d'Alain, si un professeur ne lui plaisait pas en histoire par exemple, elle n'allait pas au cours tout simplement, déjà rebelle. Moi je dois signaler aussi qu'à l'âge de 14-15 ans elle a fait une profonde dépression où elle s'est remise en cause complètement et c'était très très délicat pour elle, elle a compris à quel point on pouvait être déserté par l'esprit, déserté par l'intelligence et par la conviance en soi, elle en a beaucoup souffert et ensuite ces choses-là se sont retrouvées par la suite, elles sont revenues souvent dans ce qu'elle a vécu ensuite. Il faut préciser que c'était un âge délicat pour une jeune fille et que son frère qui était très brillant a eu quatre BAC en étant le premier d'un coup à 16 ans et il a été agrégé en étant également le premier de mathématiques à 20 ans, donc cette période pour elle, elle s'est dit que jamais on disait d'elle, elle est la beauté, il est l'intelligence et toute sa vie elle a préféré, elle aurait voulu être intelligente plus que belle. Quel était le prénom de son frère ? André, il est devenu très célèbre parce qu'il a eu l'équivalent d'un prix Nobel de mathématiques, c'était quelqu'un de très brillant qui est appartenu par la suite au groupe Bourbaki, un groupe très intéressant parce que les recherches étaient publiées dans l'anonymat, c'était pour l'amour des sciences. Il a aussi eu un parcours assez compliqué.

Est-ce qu'on pourrait revenir sur les études brillantes qu'a pu faire Simone Veil et l'engagement politique et social qu'elle avait d'ores et déjà ? Ce qu'on peut dire c'est que très vite elle a rejeté le luxe, le bien-être et qu'elle est allée vers les plus déminis, ça a commencé par l'épisode des blessés, des fillules qu'elle avait pendant la guerre et ensuite très vite elle a rejoint les révolutionnaires, les marxistes et les syndicalistes.

Et ça a été une constante, elle a toujours été très bienveillante par rapport aux défavorisés, très très très dévouée à leur cause, ça c'est essentiel chez Simone Veil. C'est peut-être ça qui est d'ailleurs le plus essentiel et le plus authentique. Je ne dirais pas bienveillante mais je dirais qu'elle était soucieuse du bien de tous et en particulier des opprimés et particulièrement sensible à l'humiliation, à la destruction de la personne quand le travail est trop intense ou les conditions de vie trop dures. Pour en revenir au soldat, il y avait un soldat qui correspondait, quand elle a su écrire, il est venu la voir en Normandie parce que le père avait été lui aussi malade donc il s'était un petit peu retiré en Normandie et il est mort quelques jours après. Il se promenait de la main dans la main, ça a été son premier deuil, elle était toute petite. Donc la guerre de 14-18 dans sa pensée politique ultérieure et dans son évolution religieuse a été l'éruption de la tragédie, du malheur et c'est comme ça qu'elle a compris plus tard le chemin de l'Allemagne et de la France. C'est la guerre. Pendant quatre ans pour elle, la réalité c'était la guerre. Donc est-ce que ça a eu un impact sur ses études ?

Vous pouvez nous rappeler les grandes étapes de sa formation ? Pas vraiment, mais ce qu'on a dit, il faut le redire un petit peu, c'est qu'elle n'a pas suivi le cursus habituel. Elle a eu des professeurs particuliers, en plus elle avait une mauvaise santé donc elle ne fréquentait pas simplement les écoles. Ce qui est important, c'est l'enseignement qu'elle a reçu d'Alain, en Cahiers et en Hippocane, qui l'a profondément marqué, sur lequel on peut revenir d'ailleurs.

C'est un philosophe qui ne faisait pas fermer au christianisme mais qui était très proche de Spinoza et pratiquait l'esprit du lipoexamen. Et elle portait une place essentielle à la volonté et à la perception. Et à Platon bien entendu. Et alors Platon, qu'elle revendique ensuite toute sa vie et qu'elle passe bien au-dessus même de l'évangile. Donc on sait qu'elle fait l'école normale. Oui, à la suite de sa cagne, elle fait l'école normale et elle se signale par sa rébellion. Par exemple, elle demande un soutien à je ne sais qui, qui était en difficulté, un homme politique. Et le directeur de l'école normale qui lui assistait lui a fait un don. Elle met des affiches en disant « faites comme M. Bouglet, donnez anonymement ». Voilà, toujours provocante, toujours dans la provocation, toujours dans l'insolence, avec humour. Ce qu'on sait assez peu d'elle. On voit son dessin tragique. Elle était très drôle. Elle a été de moins en moins au fil des jours.

Alors on sait qu'elle va enseigner la philosophie, qu'elle est émultée au puits. Est-ce que vous pouvez nous rappeler un petit peu les actions de la Vierge Rouge qui lui ont valu tant de notoriété, si je puis dire ? Alors au puits, elle a rencontré cette ville mariale. C'est une ville de pèlerinage très ancienne, avec un culte à la Vierge. Mais elle ne s'est pas intéressée à ça.

Ce qui l'intéressait, c'était les rues syndicales et les spéculations politiques à Saint-Étienne.

Et ensuite, au puits, il y a eu le problème des chômeurs, avec la délégation qui a été conduite par Simone Veil auprès du maire du puits et qui a permis aux chômeurs d'avoir plus de moyens.

Mais ça ne s'est pas fait tranquillement et les choses ont été compliquées et violentes. Elle a eu une administration du rectorat et ensuite elle quittera le puits sans aucun regret.

Quelles sont les idées politiques et sociales qu'elle défend à l'époque ?

Elle est en train de devenir marxiste. À Saint-Étienne, elle donne des cours aux ouvriers.

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