La ligne de partage de l'âme et de l'esprit

Sommes-nous capables d’apprécier une framboise en distinguant – sans les séparer – sa forme, sa couleur et sa saveur ?  Sommes-nous en mesure d’identifier et de dissocier le soleil, l’air et sa lumière ? Sur ces mêmes principes de distinction et de non-séparation, l’anthropologie ternaire considère que la vie de chaque homme participe à trois ordres de vie différents : physique, psychique et spirituel auxquels participent respectivement le corps, l’âme et l’esprit.

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Le philosophe Pascal écrivait, déjà au XVIIème siècle:  la distance entre l’âme et esprit est tellement grande qu’elle n’est quasiment plus mesurable…  .

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Michel Fromaget tente de nous donner les clés de compréhension de cette distinction dans cet exposé de 70 minutes en établissant que l’âme est le seul appareil psychique des êtres animés, et que l’esprit est « cette intériorité mystérieuse qui n’appartient qu’à l’homme et dont les saints et les sages disent qu’il est en lui le lieu où il s’enracine en Dieu, et où Dieu se donne à lui »…

Cette conférence publique a été filmée aux Collège des Bernardins (NDLR : Bernard de Clairvaux n’écrivait-il pas, lui aussi, mais au XIIème siècle : « La plus grande faiblesse de la pensée contemporaine me paraît résider dans la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste à connaître») et s’inscrivit dans le cadre d'une journée « La Porte d’Or de l’Imagination », hommage au Peintre T'ANG HAYWEN (www.tanghaywen.org), organisée par Madame Hélène de Laguérie. 

Extrait de la vidéo

la lutte contre l'insuffisance économique. Alors, vous avez peut-être vu sur le prospectus qui vous a été distribué, ou qui a peut-être motivé votre venue ici, l'intitulé de mon propos de ce matin, La ligne de partage de l'âme et de l'esprit dans la lumière ou à la lumière de l'anthropologie ternaire. En fait, j'ai précisé un petit peu plus cet intitulé dans la suite de mon travail, et je lui ai donné le titre suivant qui va peut-être éclairer mieux le contenu même de mon propos de ce matin.

Ce titre est devenu La ligne de partage de l'âme et de l'esprit, successivement considérée dans la lumière de l'anthropologie ternaire d'une part et la perspective de la création artistique, puisque c'est bien ce qui motive quand même aussi, quelque part, notre présence ce matin. Alors donc, il y a quelque temps, Hélène Delaguerrie m'a prié de faire avec vous, donc ce matin, quelque part, le long de cette ligne de partage de l'âme et de l'esprit qui sillonne, en quelque sorte, très certainement dans les profondeurs de notre intériorité.

Eh bien, c'est pour moi un grand honneur des contrées de nous-mêmes où passe donc cette frontière. Blaise Pascal disait qu'elles contiennent ces contrées, certes, assez de lumière pour ceux qui désirent voir, mais aussi assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. Nous voilà donc bien prévenus. Nous pénétrons dans un domaine où la luminosité de ce que nous allons trouver dépend essentiellement d'abord de notre désir.

Mais non pas seulement, car cette lumière dépend aussi de la clarté des concepts avec lesquels on y entre, et notamment, bien sûr, de la manière dont nous concevons l'âme et l'esprit. Or, vous le savez peut-être, il y a maintes et maintes manières d'entendre ces notions. Parmi celles-ci, la meilleure n'est certainement pas la manière ordinaire qui, bien que cautionnée par des noms célèbres, des personnages immenses, comme par exemple René Descartes, et bien cette manière, je dirais, se moque du langage en donnant à l'âme une définition spirituelle et à l'esprit une définition psychique.

Non, cette manière ne sera pas la nôtre. La meilleure manière, la nôtre donc, dont le plus grand respect de la sagexe octroyé au mot par leur signification originelle et notamment par leur étymologie, qu'elle soit grecque ou latine, et bien cette manière va désigner, et suivez-moi bien, que ce soit très clair d'emblée dans notre propos, cette manière va désigner par le mot âme le seul appareil psychique des êtres animés et par esprit, je dirais, cette intériorité mystérieuse qui n'appartiendrait qu'à l'homme et dont les sages et les saints disent qu'elle est en lui, disons, le lieu où il s'enracine en Dieu et où Dieu se donne à lui.

Mais nous approfondirons évidemment cette notion au cours, donc, de mon exposé. Cette manière, donc, que je vous propose, entre autres atouts exceptionnels, possède d'être la manière de la Bible, mais comprenons-la bien. Quoiqu'ayant comme objet l'âme et l'esprit, je n'ai parlé que de ces deux composantes, elles ne nient certainement pas, comme autre composante, le corps, évidemment. En vérité, cette séparation de l'âme et de l'esprit dont nous allons parler ne prend son sens véritable qu'au sein d'une anthropologie ternaire qui distingue en l'homme, donc, son corps, son âme, disons, son mental, si vous voulez, son psychisme et cette dimension mystérieuse que nous allons appeler pour le moment l'esprit.

Ce qui ne signifie pas, bien entendu, et soyons bien d'accord, que cette conception ternaire découpe l'être humain en trois parts, parce que c'est un procès qui lui est souvent fait. Je dirais pas plus la distinction de la forme, de la couleur et de la saveur d'une framboise ou d'un citron n'exige de les découper en trois morceaux. C'est une évidence. Mais ceci signifie que cette anthropologie comprend l'homme et sa vie comme participants, et c'est ça le fond de l'histoire, de l'affaire, et qui va nous intéresser et nous passionner aujourd'hui.

Cette anthropologie comprend l'homme et sa vie comme participants à trois ordres de réalités différents, savoir les ordres physiques, psychiques et spirituels, dont participent, respectivement, vous l'avez compris, le corps, l'âme et l'esprit. Alors, de la ligne de démarcation qui sépare le corps et le mental, le corps et l'âme, pour employer ce vocabulaire, tous nous suivons aisément certainement le tracé, tant il est évident pour chacun, à moins, me semble-t-il, de mauvaise foi, tant il est évident que les os, les cartilages, les muscles, le sang, les viscères, les intestins, les muqueuses, les humeurs, eh bien, tout cela relève d'un autre ordre que les pensées et les souvenirs, les sentiments et les émotions, les idées et les rêves.

Une preuve, si vous voulez, une preuve en est que les yeux du corps ne voient pas les idées, mais celles-ci existent bien néanmoins. Donc, la ligne de partage du mental et du physique, nous la concevons, nous la vivons, nous l'expérimentons, nous la représentons facilement. Ah ! Mais la ligne de partage, cette fois, de l'âme et de l'esprit, eh bien, nous sommes tous très loin d'avoir une notion juste.

Afin que nous puissions l'acquérir, Pascal, j'en reviens à lui, qui avait une expérience certaine des trois ordres auxquels il consacre, d'ailleurs, quelques-unes de ses meilleures pensées, Pascal nous dit précisément, d'ailleurs, dans la 308e, pas exactement avec ce vocabulaire, mais le sens est là, il nous dit que la distance séparant l'âme de l'esprit, vous voyez, il s'agit de la frontière qui nous intéresse ce matin, cette distance est encore infiniment plus infinie que la distance séparant le corps avec l'âme, entendons donc, avec le mental.

Or, de cette dernière, je viens de vous le dire, nous le comprenons bien, nous avons tous l'expérience, nous venons l'illustrer et nous pressentons que cette distance est déjà si grande qu'elle n'en est pratiquement plus mesurable. Or, Pascal nous laisse entendre que la distance de l'âme à l'esprit serait encore plus grande et infiniment. Eh bien voilà, me semble-t-il, qu'il nous avertit du saut épistémologique auquel il faut nous préparer, quelque part.

Cependant, pour suggestif qu'elle soit, cette pensée de Pascal, à mon avis, n'en souffre pas moins d'user de la notion de distance, vous l'avez entendu, laquelle est une notion spatiale, quantitative et qui, de plus, est opposée à celle de proximité. Ce qui la rend, en fait, et au fond, ici tout à fait inadéquate, puisque, comme nous allons le comprendre mieux tout à l'heure, il se trouve que l'esprit est encore infiniment plus proche de l'âme et uni à elle que tout ce que nous pouvons imaginer.

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