Jacob Böhme et la multiple splendeur de l'être

Tout à la fois simple cordonnier et grand philosophe allemand, Jacob Böhme (1575-1624) reste l'un des géants de la pensée occidentale. Son originalité réside, entre autre, dans son expérience de la connaissance et son approche de la réalité, à partir desquelles il établit la structure et l'auto-organisation du cosmos. Ce qui fait, aux yeux de Basarab Nicolescu, l'extraordinaire modernité de son oeuvre, créant un lien profond entre la tradition occidentale et la science actuelle.

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Qu'est-ce que la "roue de l'angoisse" ?
Une cosmologie de l'auto-création est-elle nécessairement tragique?
L'imaginaire peut-il être pris comme source de réalité ?
Autant d'interrogations qui nous mèneront à l'homme et sur les chemins de son évolution.

Extrait de la vidéo

Jacques Aubame est un contemporain de Galilée, qui est donc né en 1575 et décédé en 1624.

Il a vécu très peu, c'est un Allemand, il est né près de Görlitz et mort à Görlitz.

Un homme simple, ses parents sont des paysans, il est apprenti cordonnier, il réussit quand même à avoir une étable de cordonniers dans la ville de Görlitz et il gagne sa vie comme marchand de gants et de laine dans toute l'Europe.

Dans sa maison, il n'y avait pratiquement pas de livres, à part la Bible, 3-4 livres, et pourtant il est l'auteur d'une œuvre monumentale qui a fondé la philosophie allemande, Hegel l'appelle à juste titre le premier philosophe allemand.

Et sa pensée est d'ailleurs étonnante des modernités, étonnante des résonances avec l'époque romantique qui s'est en suivi, qui s'est réclamée de Jacques Aubame, lui qui était un homme simple.

Sa vie terrestre n'est pas du tout spectaculaire, c'est sa vie spirituelle qui est intéressante.

Il a une expérience d'illumination en 1600, jeune, inattendue, qui a duré quelques fractions de secondes, et comme il le décrit lui-même dans son œuvre, tout lui a été donné à ce moment.

Il ne savait pas très bien quoi, qu'est-ce qui lui a été donné, donc il s'est mis à écrire.

Ses livres sont des livres fondateurs, le premier livre qui est sorti de cette expérience, qui est l'aurore naissante d'une admirable traduction de Louis-Claude de Saint-Martin en français, et ensuite de multiples autres ouvrages qui expliquent ce qui s'est passé à ce moment-là.

Il a eu une deuxième expérience d'illumination dix ans après.

Je disais un homme simple, mais un homme qui a fondé des groupes, des groupes d'études, qui se sont répandus un peu partout en Europe, on les retrouve même en Caucase, à son époque.

C'est assez étonnant.

Et donc, il était chrétien de naissance, bien sûr, mais il n'était pas tout à fait catholique, parce qu'il ne croyait pas dans les pouvoirs spirituels du pape.

En même temps, il n'était pas tout à fait protestant, un peu hérétique, à tel point que les prêtres du village, à sa mort, voulaient ne pas lui célébrer l'office religieux, et sa tombe a été même profanée.

Petit acte d'hérésie qui n'est pas allé plus loin, et pour donner un fait que moi-même j'ai vécu, c'était très réconfortant, en 1992, quand j'ai participé au Vatican à la clôture du procès Galilée, demandée par le pape Jean-Paul II.

Jean-Paul II connaissait mon livre sur Jacobin, je lui ai envoyé, il m'a répondu.

On s'est vus en 1992, il a parlé, il m'a parlé du grand philosophe Jacobin.

Et pour moi c'était une sorte de revanche posthume extraordinaire de cet homme qui a laissé une oeuvre considérable.

Ce n'est pas Jacobin qui a inventé les mots de nature-philosophie, c'est la philosophie de la nature.

C'est plutôt un concept qui apparaît beaucoup dans l'époque romantique, des novelistes, de Schelling, de Goethe, et ça dénote une approche extrêmement intéressante qui est avortée, bien sûr, à l'époque romantique, celle de connaître toute la réalité à partir des structures internes du sujet, de nous, nos structures internes, sans même une référence au monde dit extérieur.

Donc une philosophie de la nature, comme les mots le disent, qui serait pendue après sous d'autres exceptions, à tel point d'ailleurs que les doctorats, même de nos jours, on l'appelle PhD, c'est doctorat en philosophie, c'est philosophie de la nature, c'est un héritage de cette idée.

Mais ce qui est important dans ces mots, dans cette question de l'influence de la nature, plutôt de l'influence de Jacobin sur la philosophie de la nature, c'est le fait que pour la première fois dans l'histoire de la pensée, on va apparaître dans un champ inattendu, qui est celui de la pensée religieuse, on va apparaître une méthode qui allait s'instaurer avec Galilée, avec Newton, avec Kepler, la méthode hypothético-déductive, c'est-à-dire qu'on formule des hypothèses et on fait toutes les déductions qu'on peut à partir de cette hypothèse.

C'est une nouvelle méthode de pensée qui a fondé la science moderne.

Et on voit, c'est Jacobin, dans son explication du monde extérieur, de ses expériences qu'il a vécues, ses démarches de formuler des hypothèses.

Plus que cela, formuler une structure, et à partir de cette structure, dériver toute la réalité.

On l'appelle, Jacobin, à tort à mon avis, mais enfin c'est les mots consacrés, un théosophe.

Il y a confusion évidemment avec la théosophie orientalisante de Mme Blavatsky.

Évidemment, de ce point de vue, Jacobin n'a rien à voir avec la doctrine de Mme Blavatsky.

Je dirais que c'est plutôt un gnostique.

C'est une gnose, dans le cas de Jacobin, c'est-à-dire c'est une théorie de la connaissance, une pratique, une théorie, une expérience de la connaissance.

Mais par la connaissance, arriver à monter cette échelle de Jacobin qui nous attend tous, c'est-à-dire les degrés d'être.

Ce qui est intéressant concernant la structure de la cosmologie de Jacobin, c'est qu'il s'est donné comme point de départ dans sa pensée quelques principes, notamment trois principes et cette qualité, disait-il, cette qualité.

Et à partir de ces trois principes et de cette qualité, il essaie, une loi des trois, une loi des sept, il essaie de décrire toute la réalité du monde.

Ceci est extrêmement intéressant parce que, pour moi, en tant que physicien quantique, physicien du XXème, XXIème siècle, parce que dans la physique contemporaine, ce qui progressivement a commencé à dominer, c'est l'idée d'une symétrie, symétrie qui gouverne toutes les interactions physiques qui existent dans ce monde.

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