La Franc-maçonnerie: au crépuscule de sa mission 2/2 ?

Loin des clichés habituels sur la Franc-Maçonnerie, affairistes ou complotistes, qui depuis l'époque de Vichy nous semblent être totalement dépassés, nous avons demandé à deux franc-maçons résolument engagés dans une rénovation de celle-ci : Jacques Fontaine et Jean Solis, de répondre à cette question : la Franc-Maçonnerie serait-elle au crépuscule de sa mission ?

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Le souhait de cette table ronde est d’aller au centre de nombreuses interrogations :
- D’où vient le mal qui gangrène actuellement la Franc-maçonnerie ?
- Est-elle victime, comme notre civilisation, d’une perte de repère ?
- Quelle place occupe le rituel, le mythe, le symbole dans la Franc-maçonnerie ?
- La Franc-maçonnerie avait-elle une mission, et si oui, l’a-t-elle accomplie ?
- De quel « trésor » est-elle dépositaire ?
- Dans l’histoire, de nombreuses communautés spirituelles, devenues ivres de leur richesse, n’ont pas anticipé les schismes qui allaient les frapper ou encore leur extinction: la Franc-maçonnerie est-elle arrivée à ce stade là ?
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Cet état des lieux de la Franc-maçonnerie française, mis en lumière par l’exemple anglo-saxon, a le mérite d’une grande sincérité et simplicité. Il ouvre des pistes de renouveau, passant par une responsabilisation accrue des loges au détriment des obédiences, par une dissociation plus nette entre l’axe horizontal (contingences matérielles) et son axe vertical (spirituel et initiatique)...symbolisme de la croix... et sempiternelle colision entre pouvoir temporel et autorité spirituelle.
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Deux volets captivants de 2 x 50 minutes, animés par Carol Perez.

Extrait de la vidéo

Alors, à propos du recrutement, qu'est-ce qu'on n'est pas prêt à faire au niveau des obédiences pour que les loges fassent du recrutement ? Regarde ce qu'il se passe au Grand-Orient. Finalement, la politique, ce régime, plus tu vois ma gueule à la télé, plus tu vas avoir envie de m'en rejoindre. Bon, alors, c'est-à-dire qu'en fait, le Grand-Orient a-t-il pour seule ambition, au détriment de la spiritualité qui est censée exister dans ses loges, de se transformer dans la nouvelle ferme de célébrité ?

Moi, j'ai écrit, au mois de septembre dernier, un édito qui s'appelle « Lodge Story ». Il paraît qu'il y a quelqu'un qui a sorti un livre, d'ailleurs, qui s'appelle comme ça. Bon, l'ambition du GO, c'est quoi ? C'est de vue à la télé.

Comme sur les produits... Un produit de vaisselle, on le voit arriver dans un rayon de supermarché. Le Grand-Orient, c'est pareil, c'est vue à la télé. C'est tout ce qu'il y a comme chose à montrer.

Bon, la Genève, c'était un petit peu plus insidieux, parce que moi, j'ai assisté à ça, c'était il y a 7-8 ans, quelque chose comme ça. Quand on a dit « Oh, on va supprimer le deuxième parrain, ça sert à rien », à la Genève, aujourd'hui, il faut un seul parrain. Pourquoi ? Parce que ça va plus vite, ça permet de bourrer, ça n'a pas d'autre sens.

Alors après, on arrive à des paroxysmes. Si l'on en croit les journalistes de L'Express, eh bien si l'on en croit les journalistes de L'Express, je pense que ça peut toujours se discuter. On se retrouve avec une conversation surréaliste entre François-Stéphanie, grand-maître de la Genève, et L'Ambiqui, grand-maître du GO, autour de Sarkozy, autour d'un déjeuner. L'Ambiqui présenté comme le président de la plus grosse obédience française, et Stéphanie qui dit « Ah non, c'est pas vrai, eux, ils comptent les affiliés, donc ça fait des membres en double ».

Donc on se retrouve avec une discussion spirituelle extraordinaire qui tient « La mienne est plus grosse et moi, je vais te bouffer ». Voilà où ils en sont. Mais vous n'avez rien d'autre à nous offrir. Alain Boer l'a fait pour servir ses ambitions.

Si vous avez besoin de devenir ministre, conseiller, secrétaire d'État, chef de cabinet, foutez la paix aux francs-maçons. Laissez-les bosser, messieurs, et soyez ridicules autrement, c'est tout ce que j'ai à leur dire. Voilà. Je m'énerve, je suis désolé.

Non, non, mais c'est énervant, je comprends bien. C'est un paysage très pessimiste ? Non. Non, Carole, parce que ce que nous n'avons pas dit encore, c'est vrai que nous nous sommes exprimés tous les deux, en faisant une sorte d'état des lieux, et de commentaires sur cet état des lieux qui est pessimiste.

Mais nous n'avons pas encore abordé pourquoi, du moins selon moi, la franc-maçonnerie peut se sauver, peut accoucher d'elle-même, et peut s'en tirer. Parce que je crois qu'elle est capable de le faire. Les obédiences, les loges. Moi j'en doute, et c'est là que tu m'intéresses.

Alors voilà, c'est là que je vais dégoûter beaucoup plus. Alors abordons justement les solutions qui peuvent être proposées pour remédier justement cette problématique. Alors les solutions qui peuvent être proposées sont de plusieurs natures. D'abord il y a des solutions qui consistent à supprimer, puis il y a des solutions qui consistent à développer, puis il y a des solutions qui consistent à ajouter.

Alors pour ce qui est supprimé, nous l'avons dit largement, et moi je suis bien plus radical que Jean, je dis que nous n'avons plus besoin des obédiences, sauf peut-être pour la gestion immobilière. Quant au reste, ce n'est plus nécessaire, les obédiences ont le pouvoir, et la franc-maçonnerie, c'est un des premiers pas quand même quand on se dépouille des métaux, c'est-à-dire quand on entre pour la première fois dans le temple, c'est un des premiers pas de se dépouiller quand même du goût du lucre et de l'avoir, du goût du pouvoir et du goût du paraître excessif.

Eh bien dans la mesure où on a une démonstration dans nos obédiences maçonniques d'une enflure considérable de pouvoir, et les anecdotes qu'a citées Jean sont à cet égard très claires, dans cette mesure-là, les obédiences sont contre-initiatiques. Silence. Dans le sens le plus guénonien du terme. Contre-initiatiques dans le sens guénonien.

Absolument. Voilà. Elles sont contre-initiatiques, elles sont contre-initiatiques, et il faut donc s'en passer. Les obédiences ont pris le pouvoir, on va leur retirer le pouvoir.

Toutefois, ce qui m'intéresse, c'est que si le pouvoir a disparu, la puissance reste. Et la puissance reste non pas à travers un appareil administratif qui s'auto-gère et qui s'auto-engresse, pas cela, mais à travers une garantie de la spiritualité. Alors c'est pour ça qu'une des mesures que je pourrais préconiser, c'est supprimons les obédiences, mais en même temps, permettons à ce qu'il y ait des référents sur le plan du rite, du mythe et des symboles.

Ce que j'appelle le palladium. Les rites, les mythes et les symboles. C'est-à-dire ce trésor que chaque franc-maçon et chaque franc-maçonne porte avec lui. Qu'il le sache ou qu'il ne le sache pas.

Tu serais pour, là je te coupe, je suis désolé, mais tu n'aurais pas dans l'idée, par hasard, de proposer à ce que chaque loge libre, par exemple, adhère à une sorte de charte de qualité ? Parce que là j'ai l'impression de te voir venir sur quelque chose. Non mais pourquoi pas ? Attends, c'est une question.

Je ne voudrais pas que nous soyons mal compris. Ou une charte éthique. Non, pas une charte éthique, mais qu'il y ait quelque part que soient déposés les cahiers du rite, par exemple. Les cahiers du rite et que ceci est une force vis-à-vis des loges libres.

Et moi je dirais à ce propos que, selon l'adage, un franc-maçon libre, ou du moins en libération, dans une loge libre, et une loge libre, je dirais que la liberté de la loge s'arrête en partie aux portes du paladium. C'est-à-dire que je ne laisserai pas aux loges le fait de choisir et de modifier les rites autant qu'elles le veulent. Il y a certains points modifiables, mais je crois, dans la mesure où un rite est tout de même un véhicule de modification de l'être, il faut faire vachement gaffe avec ça.

Il y a des bêtises qui ont été faites, je pense aux cartouches du compagnon, que l'on voit dans le second degré. Une chose qui ne tient pas la route sur le plan symbolique et qui a été instituée en 1884. Alors je crois que, sauf exception, on ne peut pas remettre à telle loge ou à telle loge le soin de disposer totalement de son rite. Il faut qu'il y ait un noyau rituel qui soit intangible.

C'est pour ça que je te parle de pouvoir, on l'enlève aux obédiences et on donne la puissance à un grand commandeur. Ce grand commandeur n'a pas du tout la liste, simplement il est référent. Il est référent et quand on se pose des questions sur le rite, on peut demander le grand commandeur. Et il y aura un grand commandeur qui ne serait donc même pas interobédientiel, puisque les obédiences ne seraient que réduites à leur coque de gestion immobilière.

Mais qui pourrait être le référent d'un rite. Il y aurait par exemple un référent écossais ancien accepté. Mais là peut-être, Jean, tu vas me dire, c'est ce qui se passe en Anglo-Saxonie. Non.

Pas tout à fait ? Pas du tout. Voilà ma première proposition en tous les cas, Carole. Pas du tout.

Mais c'est très intéressant et moi j'ai une vision un petit peu différente de ça. Mais c'est très intéressant et ça va me faire réfléchir sur beaucoup de choses ces temps-ci où ça tabasse pas mal à ce niveau-là dans le marigot maçonnique français. Où il va tout de même falloir, à force de dire du mal, par finir effectivement faire des propositions concrètes qui puissent être entendues. Moi je ne suis pas certain qu'il faille abolir les obédiences en tant que telles, parce que j'ai la preuve vécue qu'il existe des obédiences, pour parler tout à fait techniquement, qui n'emmerdent pas le monde.

Donc ça veut dire que ça peut exister. L'obédience qui ne s'immisce pas dans les autres affaires que les moyens et l'éthique minimum. Moi ça ne me choque pas que l'obédience subsiste, ne serait-ce que pour cette éthique à minima. Parce que je reste, pour ma part, sensible à la notion de régularité, au sens anglo-saxon du terme, sans toutefois nier qu'il y a des points qui sont obsolètes ou qui ont besoin d'être revisités, de façon tout à fait certaine.

Mais cette régularité n'est pas du tout un point doctrinal ou doctrinaire, c'est une facilité en réalité. On a l'impression que c'est quelque chose de bloquant, mais pas du tout, c'est une facilité. Pour la bonne et simple raison qu'on sait que quand une loge, où qu'elle soit dans le monde, adhère au principe de la régularité et est reconnue comme telle, ce qui n'est pas la même chose. La régularité est un fait.

La reconnaissance par les grandes loges PIRS de la régularité en est un autre, puisqu'il y a plein de loges régulières qui ne sont pas reconnues. Et le contraire est beaucoup plus rare, mais a pu exister.

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