17 propositions pour réformer la Franc-maçonnerie 2/2

"Les amis de la vérité sont ceux qui la cherchent, et non ceux qui prétendent la détenir" nous rappelle Jacques Fontaine. Pour l'auteur, la Franc-Maçonnerie, basée sur la fraternité, est un ordre initiatique traditionnel qui a pour but le perfectionnement de l'humanité. Elle vise la libération de l'être et la recherche de la vérité. Elle tend vers la quête de la sagesse et l'action altruiste.

Elle est ainsi une spiritualité pour agir. Cependant, elle se noie aujourd'hui dans le bain culturel, moral et social, constate-t-il. Aussi est-il temps de mettre en perspective les valeurs qu'elle défend.

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A travers un audit stratégique rigoureux comportant 17 propositions concrètes, Jacques Fontaine invite la maçonnerie à se remettre en cause et s'interroge sur ses tabous. Il cite à ce sujet Joannis Corneloup: "La Franc-maçonnerie, sous peine de manquer sa vocation, devra redevenir initiatique pour faire des hommes pleinement épanouis aux réalités qui sont en eux comme à l'extérieur".

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Conviant les initiés et les profanes à une analyse rigoureuse de celle-ci, il va jusqu'à prôner une Franc-maçonnerie "libérative".

Quelle est l'image de la Franc-maçonnerie aujourd'hui ? Répond-t-elle encore aux besoins de son époque ?

Quelles sont les réformes envisageables pour que celle-ci retrouve enfin sa place dans "la tête de la comète" comme ce fut le cas sous la IIIème République? Et quelles actions mettre en place ?

Réponse de Jacques Fontaine dans cette interview en deux volets de 50 minutes chacun.

Extrait de la vidéo

... Tu viens de faire une description extrêmement sévère, pour ne pas dire pessimiste, de l'état actuel de la Franc-Macellerie, mais il me semblait qu'elle était plus d'un point de vue collectif, alors que tout à l'heure, tu indiquais qu'au plan individuel, elle est susceptible d'apporter beaucoup. Alors, après cet examen des faiblesses, est-ce que tu vois quand même du côté des forces, des opportunités à développer pour que collectivement, la Franc-Macellerie puisse répondre aux besoins des populations à qui elle propose, je dirais, ses services, entre guillemets ?

Oui, résolument oui. Il y a quatre types de besoins actuels dans la population occidentale, et française en particulier, la seule que je connaisse vraiment, auxquels la Franc-Macellerie est capable d'apporter une réponse. Elle l'apporte en partie avec ce que j'ai dit, mais elle peut l'apporter encore plus. D'abord, c'est le besoin que peuvent ressentir des hommes et des femmes, à la mi-vie et après la mi-vie, de pouvoir unifier tout ce qui était pas réparti en eux.

C'est André Michaud qui disait « le moi est plusieurs ». Nous sommes tous fragmentés en plusieurs rôles, en plusieurs instances, et l'idée de la vie, c'est de pouvoir rassembler tout cela dans un seul mouvement, qui soit le tout, qui lui-même converge vers l'un, pour parler de façon métaphysique. Ce que Kounrat, qui était un alchimiste du XVIe siècle, appelait « l'appel pansophique ». Moi, je dis que cet appel pansophique, il existe, et il existe chez presque tous les êtres humains.

Alors, il peut être compensé par le football, il peut être compensé par la messe de dimanche, il peut être répondu par la franc-maçonnerie, par un chant symbolique qui est complet. Je voudrais d'ailleurs, puisque nous sommes dans une exposition, te montrer une reproduction, une photo, qui est tout à fait intéressante, qui s'appelle « L'immunité », une photo d'art, et sous laquelle on trouve trois vers qui sont « Rester soit en sinuosité profonde, se fier au tout, un sacré secret à l'œuvre ».

Voilà, eh bien, cet appel pansophique est joliment exprimé dans ce catalogue de l'exposition qui nous entoure. C'est ça, l'appel pansophique. Il est tenu en évidence par de nombreux poètes et philosophes. Le second besoin auquel la franc-maçonnerie répond, et dès aujourd'hui, elle peut y répondre, mais elle peut faire encore mieux, c'est de donner un sens à la vie.

À une époque où la parcellisation due à la marchandisation des relations entre les êtres humains est de plus en plus patente, on est de plus en plus scrappelé, morcelé, divisé, et il nous manque de pouvoir donner un sens à la vie. Nous manquons de plus en plus. Nous n'avons pas de grande cause. Il semblerait même que la grande cause européenne ne soit plus, pour beaucoup de gens, une grande cause alors qu'elle l'a été.

Voilà un exemple. Il y a aussi ce besoin qui traverse l'être humain, qui est un besoin d'aller à l'autre, un besoin que l'on typifie rapidement avec le mot « amour », ce besoin d'amour et qui est d'aider la fin à la misère. En France, il y a un nombre très élevé d'hommes et de femmes qui se dévouent, soit en argent, soit en temps, pour des causes difficiles de misère, de faim, d'éducation dans le monde.

La franc-maçonnerie n'y répond pas, ou plus exactement, elle y répond à travers la structure obédientielle. C'est-à-dire qu'elle n'y répond pas. C'est-à-dire que les francs-maçons individuellement ne font pas des choses au niveau d'une loge pour aider. Je connais des loges, j'en connais au moins deux qui, au niveau de la loge, et il doit y en avoir beaucoup, réunissent des fonds pour aider un orphelinat, pour aider une école, et qui font cela, et qui ne délèguent pas à l'obédience, ce travail-là.

Besoin d'appel pour en s'enfuir, besoin de donner un sens à la vie, besoin d'aider pour que disparaisse la faim et la misère. Et puis le besoin de ce que mon ami et frère, il faut bien que je le dise, Marcel Voldebal, qui a écrit plusieurs livres, appelle le besoin de reliance. Le besoin de reliance, c'est relier les personnes entre eux, comme on le voit à travers les réseaux, Messenger, Twitter, Dailymotion, Facebook, etc.

Quelle que soit la qualité de cette reliance, il y a reliance et il y a un appétit pour la reliance. Les francs-maçons ont, pour coutume, en dehors de leurs obédiences et de leurs loges, de se regrouper inter-obédience, inter-loge, dans des communautés qu'on appelle des fraternelles, qui sont géographiques, par exemple, la fraternelle de l'Ouest parisien, ou la fraternelle parlementaire, où vous avez des parlementaires de droite et de gauche, qui se retrouvent entre eux et qui sont, eux, capables de discuter sans se taper dessus.

C'est ça, les fraternelles. Alors, il y a des fraternelles d'entraide, il y a des fraternelles de toute nature. Et je crois que les fraternelles, c'est ça la franc-maçonnerie de demain. Les réseaux aussi de loges, c'est-à-dire des loges, non pas qui soient simplement dans la pyramide, en bas de la pyramide, là, ou presque en bas, parce qu'en bas, il y a le frère ou la sœur, mais des loges qui s'interrogent l'une l'autre et qui se mettent ensemble.

Vous allez me dire que c'est de l'utopie, tu vas me dire que c'est de l'utopie complète, Ça n'existe pas, ça ne pourra pas exister. Sauf qu'il existe un réseau dont je ne pourrais pas dire le nom parce que ça pourrait le gêner, peut-être. Il existe un autre réseau sur toute la France, ils sont maintenant 700, de loges qui sont reliées entre elles, indépendamment de toute obédience. Il existe un autre grand réseau de 500 personnes, 500 initiés, qui se trouvent dans le sud-est.

Et bien, il y en a d'autres. Moi, je connais ces deux-là. Et puis... Je t'interromps parce que tu parlais des fraternels.

Oui. On a entendu des critiques très sérieuses sur les fraternels, et notamment à l'occasion d'articles de journaux, elles sont présentées parfois comme des groupes de pression, pour ne pas dire des groupes affairistes. Voilà. Est-ce que ce n'est pas une première menace ?

Est-ce qu'il n'y en a pas une autre aussi, qui est d'ordre plus général, qui a une attitude de beaucoup de nos concitoyens, c'est-à-dire de nous-mêmes, de se positionner plutôt en consumérisme, je pense à la vie associative ? On veut bien être membre d'une association, d'une organisation, pour en tirer des bénéfices, mais un peu moins pour y être actif. Est-ce qu'au-delà de l'aspect très particulier des risques inhérents aux fraternels, il n'y a pas, d'une manière plus générale, ce passélisme ou ce consumérisme qu'on trouve dans les associations ?

Oui, Edouard, c'est tout à fait la grande menace, ce que tu dis. C'est la grande menace. C'est-à-dire que nous avons face à nous des profanes qui viendraient facilement, mais qui, la tête pleine du « je veux tout, tout de suite, sans effort », s'adapteraient mal à une franc-maçonnerie, et c'est pour ça qu'il faudra débloquer ça chez nous et communiquer là-dessus. Ce n'est pas tout, tout, ça ne vient jamais, mais on est sur le chemin, tout est là.

Tout de suite, non. Quand on est apprenti, quel est le premier degré de la maçonnerie ? Quand on est apprenti, on n'a pas du tout toute la pleine connaissance de ce que peut apporter la franc-maçonnerie, il faut attendre, et sans effort, la franc-maçonnerie est un endroit où on travaille. Je crois qu'il ne faut pas hésiter à donner du travail aux francs-maçons.

Alors, dans ce sens-là, c'est une menace, parce qu'on peut ne pas être bien reçu si nous n'expliquons pas bien, en contrepartie, toute la valeur de la démarche maçonnique. Mais je suis tout à fait d'accord avec toi, tout à fait d'accord. On pourrait rajouter, dans le même ordre d'idée, l'autre menace, c'est l'individualisme. C'est tout, tout de suite.

Pour moi, c'est l'individualisme qui ne prédispose pas à une reliance intime comme la fraternité, qui prédispose à une reliance de réseau, internet, mais pas à des reliances intimes de la fraternité. Ce sont les deux menaces.

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