Franc-maçonnerie et vie politique en France du XVIIIe au XXe siècle

« On dit souvent de la Franc-Maçonnerie qu’elle est devenue politique à partir du Second-Empire, ou de la Troisième République, mais rien n’est plus faux ! Elle l’est devenue dès le début de Révolution Française, avec l’Assemblée Constituante et Philippe Egalité, franc-maçon, cousin du roi Louis XVI et anti-versaillais notoire ! ». André Combes est un historien passionné et exigeant. Si, à l’occasion de rêveries personnelles, certaines images d’Epinal traversent parfois sa pensée, dans son travail, il se borne aux faits, rien qu’aux faits.

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Pour beaucoup d’entre nous, la Franc-maçonnerie donne un visage uniforme et stable. Celui d’une société discrète, où le consensus général prévaut, où les sujets qui divisent les hommes sont proscrits des discussions et où la fraternité s’exprime au gré d’une immuable – et parfois monotone - succession de rites et de festivités.

André Combes va ici méthodiquement déconstruire cette image lisse et morne. En brossant trois siècles de son histoire politique mouvementée, et en énumérant les nombreuses mues que ce serpent de mer a laissées derrière lui, il va mettre à mal, faits à l’appui, ce masque d’apparat et ce conservatisme apathique.

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Une Franc-maçonnerie tout à la fois républicaine, orléaniste, monarchiste, bonapartiste, saint-simonienne et fouriériste…

Un précis d’histoire maçonnique, et politique, parsemé d’anecdotes cocasses (« Eliphas Lévi démissionnant de sa loge, la Rose du Parfait Silence, à la simple contestation de l’existence de Dieu », « Robert Amadou déambulant dans les couloirs de la rue Cadet en soutane et calotte »), où André Combes nous laisse entrevoir de manière fidèle, et objective, l’envers du décor.

Un lieu mouvementé donc, à l’image de l’hétérogénéité qui a toujours composée ses rangs, et où les questions de « politique » et de « religion » apparaissent finalement bien souvent au cœur des débats…

Selon vous, cette utopie qui vise à réglementer « nos Devoirs envers Dieu », « réduire la pauvreté », « lutter contre les inégalités », « instaurer le bonheur universel » peut-il être l’apanage, à la fois, de nos curés (imams ou rabbins), de nos élus et.... de la Franc-maçonnerie ?

Remerciements au groupe d’étude Politica Hermetica pour leur accueil et l’organisation de ce colloque qui s’est tenu à l’EPHE de Paris.

Extrait de la vidéo

La vie politique, c'est-à-dire les francs-maçons, les obéissances maçonniques, les loges maçonniques et les francs-maçons à titre individuel, dont la vie politique, comme il y a toujours un lien entre politique et religion, c'est dans l'option politique et dans les options concernant la vie politique. Dans la vie politique, comme il y a toujours un lien entre politique et religion, c'est dans l'option politique et dans les options concernant les religions et d'autre part la non-religion et en particulier l'athéisme.

Alors, rappelons que la politique, et ça a été démontré par l'exposé d'ailleurs de Jean-Marie Mercier, la politique est présente au départ ne fût-ce que par le fait du secret et de l'accusation portée contre les maçons d'être politiques. D'autre part, elle est dans les constitutions d'Anderson, en ce sens que les rédacteurs ont la prudence de dire que tout pouvoir étant éphémère, un opposant politique est en quelque sorte blâmé, mais il n'est pas sanctionné parce qu'on ne sait jamais ce qui va suivre et puis qu'il y avait un climat de libéralisation politique au moment où la maçonnerie s'est constituée sous sa forme nouvelle.

Alors, du côté français, ce n'est pas la même chose puisque le pouvoir est absolu et que le catholicisme est la seule religion autorisée. Et les premières manifestations de loge à l'extérieur des temples ont été des manifestations religieuses sous la forme notamment de participations aux offices dans les églises. Il faut attendre les dernières années de l'ancien régime avec le progrès des Lumières et d'autre part l'action de certaines loges de pointe comme l'encyclopédique à Toulouse ou les Neuf Sœurs à Paris, notamment avec tout ce qui concerne en arrière-plan l'appui porté par les français aux insurgés américains pour qu'elles ne se cantonnent pas simplement à la pratique rituelle, à des discours convenus, moralisateurs, à la pratique de la bienfaisance, mais c'est la révolution française qui va quand même bouleverser la vie maçonnique.

Pierre Lamarck, que certains ont dû connaître, a collationné le nombre de députés maçons des trois ordres lors de la réunion des états généraux, mais on ne peut en tirer que des conclusions autres que sociologiques sur le milieu maçonnique et sa volatilité surtout, car la plupart de ses appartenances ont été éphémères et sans signification idéologique. Il n'y a pas eu de convergence de ce fait résultant d'appartenance maçonnique si ce n'est dans l'entourage immédiat du grand maître, même si des maçons de loge voisine et relevant du même ordre ont pu se concerter pour la rédaction des cahiers de doléances.

Il en est plus de même sous la constituante. La maçonnerie est politique officiellement, non pas comme l'a dit Bellot à partir du second empire, mais dès la constituante, quand le duc d'Orléans, en tant que grand maître, adresse des circulaires aux loges. La première en novembre 1789 pour leur faire savoir qu'elles doivent enseigner les devoirs nouveaux et tirer des événements la leçon qu'ils comportent.

Puis ensuite en 1790 et en 1791 par plusieurs autres circulaires, notamment pour se féliciter que les profanes soient convaincus que l'esprit d'égalité a été infosacré, allumé et préservé dans les temples. Alors certes ce sont des propos opportunistes et optimistes surtout alors même que la possibilité de se réunir entre équerres et compas devient problématique ou impossible du fait de conflits internes politiques et religieux.

L'obédience se tait sous la législative et encore plus sous la convention où il ne s'existe comme loge maçonnique que des loges jacobines, tout au moins loges officielles, que des loges jacobines, à Toulouse en particulier, conduites à républicaniser les rituels, très intéressant d'ailleurs, et à confondre le grand architecte de l'univers avec l'être suprême de Robespierre. Et quand le Grand-Orient reprend vie avec Rottier dans le Mont-Talot, il est presque immédiatement sous le directoire concorsété par le ministre de la police Le Carlier qui précise que les loges doivent rester sous la surveillance des autorités.

Sous l'Empire, c'est en s'appuyant sur l'obligation du silence que quelques-unes vont se singulariser en devenant des sociétés secrètes. On voit donc apparaître le lien entre loges maçonniques et sociétés secrètes, qu'elles soient royalistes ou républicaines, d'où l'enquête des autorités en 1811. Il est à noter que quelques rapports mentionnent que des loges sont composées d'ouvriers, je pense qu'ils doivent être ouvriers artisans, une mutation encore à ses débuts, mais qui inquiète les préfets.

L'exemple de l'Empire montre surtout qu'une maçonnerie protégée par le pouvoir et à sa dévotion, centrée sur des questions rituelles et festives, peut s'épanouir sous un régime autoritaire. La faussée va s'élargir après la chute de l'Empire entre les deux conceptions maçonniques et avec le problème de la religion et de la politique. D'un côté vous avez la maçonnerie anglaise qui va mener sa vie, je ne traite pas ce thème-là.

Il est à remarquer qu'à la différence de la française, elle ne recrutera jamais des radicaux, des syndicalistes ou des socialistes, si ce n'est quelque cas individuels. Alors que la maçonnerie française, elle, sera depuis la Révolution française majoritairement, pour aller vite, à gauche. D'un côté l'obligation du Dieu des religions révélées, exception faite pour l'Empire colonial, et de l'autre côté une maçonnerie qui se pose la question de l'athéisme assez rapidement.

Alors en pays catholique ou en pays orthodoxe, pourquoi ces évolutions différentes ? C'est bien connu, en France elle subit l'opposition des clergés et les aléas de la vie politique. Le passage de l'Empire à la monarchie conduit le Grand Orient et l'obédience très largement dominante à écarter des bonapartistes, et à faire appel à d'anciens émigrés pour rassurer le gouvernement, à souligner opportunément que Louis XVIII était un frère, car l'obédience doit faire face à la colère à lire des ultras et du parti prêtre.

L'excommunication est rappelée par un clergé devenu ultramontain, ce qui éloigne des loges les catholiques les plus fervents. La maçonnerie, sans le souffre, est devenue suspecte aux yeux d'une fraction des autorités de l'opinion publique. Elle se trouve tout naturellement appelée à recruter ses membres dans l'autre France, celle des milieux libéraux, peu ou pas influencées par la religion catholique.

Nous entrons jusque dans les années 1860, dans l'âge d'or du déisme, un déisme anticlérical, plus souvent le dieu de Voltaire ou celui de la nature, donc Afrique, le panthéisme, sous la Restauration, puis celui de Rousseau avec le mouvement romantique, la pénétration au sein de la maçonnerie des utopies socialistes, et la référence à la morale évangélique. Ceci va donc durer jusqu'à 1865. L'autre facteur de la pénétration de la politique est la démocratisation du recrutement, qui ne peut également que renforcer le courant libéral sous la Restauration, puis démocrate et socialiste sous la monarchie de Juillet, même si les abus de la mendicité maçonnique, les gens qui allaient de loge en loge pour réclamer la charité avec des papiers maçonniques souvent douteux, et la nécessité de pratiquer la charité à usage interne, finissent par provoquer en réaction en 1847 le projet d'une augmentation des capitations pour rendre à la maçonnerie officiellement le caractère religieux qui lui est propre,

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