Le Rite de Perfection en France, après 1761, et Morin

Si le « sens des affaires » conduisit Etienne Morin vers la Jamaïque, c’est bien le « sens de l’histoire » qui guida les pas de Pierre Mollier vers une région beaucoup moins exotique, mais tout aussi passionnante : les archives de la ville de Carcassonne…. Une ville qualifiée ici de véritable « Mecque » pour la Franc-Maçonnerie française, du moins pour la période qui nous intéresse : celle des années 1760-1790. Une période naturellement charnière de notre histoire, marquée par une grande effervescence politique, intellectuelle et maçonnique, puisqu'elle mena notre pays à la Révolution

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Dans la continuité de nos exposés consacrés à Etienne Morin, filmés depuis le Grand Orient de France, Pierre Mollier s’attache à nous présenter ici « l’après Etienne Morin » et la postérité du « Rite de Perfection ». Contre toute-attente, Pierre Mollier contredit l'idée communément établie parmi les historiens et francs-maçons : ce rituel n’a pas disparu de France après le départ de Morin. Il lui a même survécu.

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Est-il possible d’établir un ordonnancement des hauts-grades maçonniques ? Doit-on parler de « Rite de Perfection » ou de « Maçonnerie de Perfection » ?

Pierre Mollier militera ainsi vers un élargissement du concept strict de « Rite » de Perfection vers une évocation plus globale de « Maçonnerie » de perfection, incluant ainsi certains usages des hauts-grades établis au fil du temps. Il s’interrogera, aussi, sur le possible établissement d'une typologie / grille de tous ces (hauts) grades dont le florilège des noms et leur lyrisme « très XVIIIème » ne doit pas nous faire oublier que l’homme, depuis ses premiers pas, s’interroge sur son êtreté profonde.

« Qui-suis-je ? D’où viens-je ? Que se passera t-il après ma mort ? ».
Des invariants, passionnants, qu’un certain état d’esprit « moderne » tend férocement à dénigrer ou éviter ; et dont la Franc-Maçonnerie tente, époques après époques, de se faire le témoin, ou l'écho.

Avez-vous ainsi envie de vous plonger dans cette histoire peu connue de la Franc-Maçonnerie ? Mieux connaitre les manuscrits Baylod et Francken


Enregistrement effectué lors du colloque « Etienne Morin, 1717-1771, un homme aux sources de l’Écossisme ». Remerciements au Grand Collège des Rites Ecossais du Grand Orient de France, ainsi qu’au réalisateur Michel Robin.

Extrait de la vidéo

Alors ma communication, elle répond à une question, c'est qu'en général, donc depuis quelques décennies, on explique qu'effectivement Morin a propagé à sa domaine le système qui a été pratiqué à Paris dans les années 1760, quand il était à Paris, puisqu'il était officier de la Grande Loge, il était le premier officier de la Grande Loge, et donc il emmène ce système à Saint-Domingue, qui a ensuite un destin extraordinaire, et puis on dit, mais finalement le système s'est estompé à Paris, parce qu'effectivement, comment expliquer que ce rite de perfection se soit développé à Saint-Domingue et ensuite soit allé aux Etats-Unis et se soit développé de façon extraordinaire, et qu'en France il n'existe plus.

Donc ce qu'on dit en général, c'est donc entre 1755 et 1760, il y a plusieurs tentatives de mise en ordre des hauts grades à Paris, et que Morin finalement va apporter à Saint-Domingue le système qui était à l'ordre du jour pendant les quelques mois où il était à Paris. Et puis que ce système, et bien à Paris même, il a été remplacé par un autre, et que du coup, Saint-Domingue a été un conservatoire de ce qui se passait à Paris entre 1760 et 1761, mais qu'à Paris, en France, métropolitaine, les choses s'étaient estompées, et que entre guillemets, le rite de perfection, qui aurait été le système officiel de la Grande Loge pendant quelques mois, avait disparu.

Alors ce que je veux montrer ici, c'est que c'est complètement faux, et d'ailleurs, sans que nous soyons concertés, ça va aller tout à fait dans le sens de ce que disait Roger tout à l'heure. Alors, je vais dire deux mots sur les systèmes de hauts grades à Paris quand Morin était grand officier, et donc actif, alors vous savez, ça a été rappelé par Roger qu'il a notamment signé quelques patentes, donc on l'a, à côté de Saint-Domingue, on l'a comme grand officier de la Grande Loge de France à Paris.

Alors, à Paris, qu'est-ce qu'il y avait comme système de hauts grades ? Eh bien, c'est justement un moment d'effervescence, puisqu'il y a le vieux Conseil des Chevaliers d'Orient, qui, par son nom même, son grade terminal est le grade des Chevaliers d'Orient, et puis il y a le Conseil des Empereurs d'Orient, qu'on a appelé par la suite le Conseil des Empereurs d'Orient d'Occident, de Pirley, et puis il y en a un autre qui va aussi avoir beaucoup d'influence sur la Grande Loge, c'est le Collège des Écossais de Sainte-Andrée d'Écosse, de Trudy, et puis donc, ce Conseil des grands élus, des grands chevaliers cadoches, qui est apporté de Metz et de l'Est par Boucher-Lénoncourt, et qui semble devenir le système de référence de la Grande Loge pour ces quelques mois.

Mais, ce qu'il faut dire, c'est qu'en fait, finalement, il y a beaucoup de systèmes de hauts grades en France, et que par exemple, on a des témoignages dans des grandes villes. Alors, le témoignage le plus fameux, c'est celui de Metz, justement, vous savez qu'il y a cette lettre de 1761, entre les maçons savants de Metz et les maçons savants de Lyon, et chacun fait état des hauts grades et de l'échelle de hauts grades qu'ils pratiquent.

Et quand on regarde en détail, on s'aperçoit que finalement, ça ressemble un peu au rythme de perfection. Alors, c'est d'abord les grades de Maître Parfait, de Maître Irlandais, etc. Ensuite, les grades d'Écossais, ensuite, souvent, l'Écossais, le Royal-Arche, ensuite, le Chevalier d'Orient, puis les grades de Chevaleresque. Alors, ce que je veux dire par là, c'est que ces échelles, elles sont assez différentes, et c'est ce qui avait fait dire à Gaston Martin, ou même à l'Antoine, que finalement, il y avait une sorte de fouillé Écossais, parce que finalement, chacun faisait un peu ce qu'il voulait, il n'y avait pas d'organisation centrale.

Alors, ce qu'il faut rappeler, c'est que c'est effectivement avec de fortes variantes, mais qu'il y a quand même une structure. Et alors, je cite toujours cette phrase de la Chambre des Grades du Grand-Orient, un peu plus tard, en 1780, qui parle des hauts grades et de leur ordre analytique connu. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'effectivement, ce n'est jamais exactement la même chose, mais globalement, c'est toujours ce qu'on appelait à l'époque un petit grade, maître secret, maître parfait, etc., maître anglais.

Ensuite, un grade d'élu, ensuite, un grade d'Écossais ou plusieurs grades d'Écossais, ensuite, le Chevalier d'Orient, et puis après, le Rose-Croix et d'autres grades encore, comme le Canoche. Donc, on a cette tête de maître à Lyon, donc on a ce qui se passe à Metz, ce qui se passe à Lyon. On a des éléments sur la pratique des hauts grades à Rennes, on a des éléments sur la pratique des hauts grades dans le sud, à Carcassonne, à Toulouse, etc.

Et donc, l'image qu'on a, c'est que finalement, d'abord, les hauts grades, autant les loges symboliques, il va y avoir une tentative de fédération au sein de la première grande loge, et puis au sein du Grand-Orient ensuite, autant les hauts grades vont rester finalement très autosévales, c'est-à-dire que Carcassonne, Rennes, Bordeaux, il y a des conseils de hauts grades, mais qui sont finalement assez indépendants, et même d'ailleurs, quand on parle du Conseil des Chevaliers d'Orient ou du Conseil des Empereurs d'Orient à Paris, il faut rappeler que ce n'est pas du tout un système de hauts grades comme un Suprême Conseil ou un Grand Chapitre aujourd'hui.

Ils confèrent le grade aux frères qui s'intéressent, ils peuvent peut-être, à une ou deux occasions, donner des patents pour constituer un autre atelier de hauts grades, mais ils n'ont pas du tout de relations suivies, et donc c'est finalement des entités assez autonomes, et donc voilà, il y a une sorte d'éparpillement des hauts grades, d'émiettement des hauts grades, mais il y a quand même cet ordre analytique connu.

Donc première chose. La deuxième chose qu'il faut dire, c'est qu'il ne faut jamais cesser de le redire, c'est que le système emmené par Morin n'a aucun rapport, ni de près ni de loin, avec le Conseil des Empereurs d'Orient, et ensuite le Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident. Alors on est vraiment dépendant de cette bêtise de Tory, qui a dit des choses intéressantes, mais qui a aussi dit des bêtises, donc ça c'est vraiment une bêtise de Tory, et aujourd'hui on est absolument sûr que ça n'a rien à voir, parce qu'on sait à peu près ce qu'était ce Conseil.

Les travaux de René Desaguliers et René Guilly ont montré ce qu'étaient les écocettes trinitaires de Pirley, et quand on prend le livre de Paul Nodon, il y a en annexe un de Grand-Empereur d'Orient, qui est le grade terminale naturel de ce Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident, donc comme on dit dans le canard enchaîné, pense sur le bec au premier qui me redit que Morin vient du Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident, ça n'a rien à voir.

Ça n'a rien à voir, et Morin, qu'est-ce qu'il va faire ? Eh bien, il va emmener ce système, il va emmener ce système qui est plus ou moins conservé par ce cercle intérieur de la Grande Loge qu'est, pour quelques mois, le Conseil des Chevaliers-Canoches, amené par le boucher de Bénancourt. Alors, la difficulté, c'est que tout le processus qu'il faut essayer d'expliquer, c'est finalement l'apparition des rites au sens où on l'entend aujourd'hui, c'est-à-dire comme une séquence fixe de grades.

Alors, effectivement, c'était très intéressant ce que disait Joe sur le manuscrit Bello, parce que le manuscrit Bello, c'est vraiment un témoin de l'époque intermédiaire, parce que le Francken, c'est une série de 25 grades, numérotés les uns après les autres, alors que Bello, il y a des cahiers, il y a des grades, mais on voit bien que c'est plus une juxtaposition, et dans la mesure où on est en train de s'apercevoir qu'on resserre vraiment le manuscrit Bello autour de Morin, que c'est vraiment, si ce n'est lui, en tout cas c'était lui pour une partie, en tout cas le milieu qui lui est très très proche, eh bien, ça montre bien que Morin, ce que dit la patente d'ailleurs, la patente ne dit pas qu'il est parti avec des préfections, la patente dit qu'il est parti avec des pouvoirs pour pratiquer la haute et sublime maçonnerie, donc Léograde.

Alors, premier aspect de la question, donc Léograde, il suit cet ordre analytique connu, mais il y a une grande souplesse, et finalement, eh bien, ce qu'on l'a reconnu, c'est qu'on

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