Etienne Morin, essai de biographie
La pensée moderne, si on peut la décrire en termes univoques, tend bien souvent à considérer que le temps est linéaire et qu’étudier la biographie d’une personne ne consiste qu’en une énumération d’évènements, sans nuances ni contextualisation. Pour une vedette du show-bizness, passe encore. Mais s’il est question d’aborder la connaissance de Soi, de son Etre, dans ses multiples dimensions, initiatiques et spirituelles, la tentative s’annonce vaine et perdue d’avance.
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Justement, ici, Roger Dachez va tenter de nous dresser les subtils contours - antithèse de cette vision globaliste, linéaire et lénifiante – du parcours de cet homme avant-gardiste que fut Etienne Morin, et abordera distinctement sa vie profane (négociant en vins et porcelaines) de son parcours spirituel (Morin est à l’origine de nombreux rites maçonniques qui ont éclos à sa suite, via son disciple Henry Francken).
Une époque où l’Ecossisme n’était pas encore l’apanage des hauts-grades et où régnait un brassage indifférencié avec les loges bleues. Un joyeux mélange en comparaison des synthèses normées, obédientielles, et hyper-figées actuelles.
La vie de Morin (1717-1771) fut ponctuée de voyages entre l’ancien monde, européen, et le Nouveau Monde : la Jamaïque considérée comme un Eldorado en ce temps. Rappelons que les Amériques d’alors étaient nommées « les treize colonies » et ne formaient pas encore une nation. Une période où le Royaume de France et la Couronne Britannique se livraient une guerre sans merci, sur les mers notamment, ce qui occasionna à Morin de poser fréquemment ses valises à Londres, plus de force que de gré …. Il mit néanmoins à profit ces séjours pour se rendre en Ecosse, cette terre sublimée, porteuse de ce christianisme originel, perdu selon lui et y développa ainsi les prémisses de ce que l’on nomme en maçonnerie « l’Ecossisme ».
« Le rite des loges bleues de Morin : c’est l'ancêtre du Rite Français ! »


Morin, envoyé opportunément dans le Nouveau Monde par la Grande Loge de son époque, se retrouva en fait à naviguer, sans le savoir, entre deux paradigmes civilisationnels, religieux et maçonniques....
Lui, qui fut qualifié par la suite de « frère errant de la Jamaïque » puis proscrit de Paris : souhaitez-vous découvrir la biographie « en pointillés » de cet homme à l’origine du rite qui a conquis le monde maçonnique depuis, à savoir le Rite Ecossais Ancien et Accepté ?
Enregistrement effectué lors du colloque « Etienne Morin, 1717-1771, un homme aux sources de l’Écossisme ».
Remerciements au Grand Collège des Rites Ecossais du Grand Orient de France et au réalisateur Michel Robin.
Extrait de la vidéo
Je ne sais plus quoi dire après tant de gentillesse, si ce n'est que le seul scoop que je pourrais trouver, c'est de vous dire et bien finalement, après avoir beaucoup cherché, je suis arrivé à la conclusion qu'Étienne Morin n'a jamais existé et que par conséquent nous pouvons arrêter ici ce colloque, alors je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, je vous remercie beaucoup d'être venu, alors je vous rassure tout de suite, ça ne sera évidemment pas mon propos essentiel.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voulais faire part d'un souvenir récent, il s'agit de notre ami, malheureusement passé à l'Orient éternel, je veux parler de Charles Porcet, qui, il y a déjà pas mal d'années, avait entrepris quelque chose de fou qui consistait à demander à des dizaines de collaborateurs, en France et dans le monde, de contribuer à un dictionnaire prosopographique des maçons du XVIIIe siècle.
Et ceci remonte à plus d'une dizaine d'années déjà, et il m'avait appelé en me disant « voilà, je compte te demander d'écrire un certain nombre de notices », et je dois dire qu'il m'avait bien servi, parce qu'il y avait Grassigui, Villermose, Martinez de Pasqually et Étienne Morin. Et ça n'était évidemment pas un vrai cadeau, c'était un beau cadeau, mais c'était un cadeau empoisonné, parce que je me suis aperçu, effectivement, qu'Étienne Morin était un de ces illustres inconnus de l'histoire maçonnique.
Il y en a d'autres, un personnage d'ailleurs pour lequel j'ai aussi travaillé à cette occasion, sur lequel j'ai fait une notice pour le même dictionnaire, et qui d'ailleurs a connu, a croisé Étienne Morin, il s'agit de Le Boucher de Lenoncourt. Ces gens-là ont une vie très singulière, parce qu'en fait, c'est moins vrai pour Morin, mais c'est totalement vrai pour Le Boucher de Lenoncourt, on ne sait de leur vie que ce qui s'est passé dans le cadre de leur activité maçonnique, et parfois, dans un espace de temps relativement restreint.
Le Boucher de Lenoncourt, de 1760 à 1767, on sait tout ce qu'il fait dans la franc-maçonnerie à Paris. On ne sait pas d'où il vient, on ne sait pas où il est né, on ne sait pas ce qu'il a fait avant, et à partir de 1767, il s'évapore, et on n'entend plus jamais, jamais, nulle part parler de lui. Et Morin, évidemment, est moins énigmatique, nous arrivons à le suivre à peu près depuis ses 30 ans, jusqu'à sa mort en 1771.
Mais, composer une biographie d'Étienne Morin relève d'un exercice pointilliste. Ça ne peut pas être un tableau de l'esthétique classique, où tous les détails sont léchés. On a pu reconstituer une sorte de mosaïque, où toute une série de faits, de micro-événements, peuvent être rapprochés les uns des autres. C'est un tableau pointilliste, mais un tableau sur lequel, malheureusement, on aurait projeté de gros stages d'encre noire, ce qui fait que, par moments, il y a des trous, et on ne sait pas ce que fait Morin, on ne sait pas où il est, on ne sait pas ce qu'il est devenu.
Néanmoins, il s'ébauche d'un personnage dont on a dit qu'il est devenu mythique, et peut-être même, pour certains de ses proches, dés son vivant, il s'ébauche tout de même un portrait qui est intéressant. Et sur ce point, mais j'y reviendrai dans ma conclusion tout à l'heure, ça ne vous étonnera pas si je vous dis que je ne partage pas totalement le jugement d'Alain Bernheim. C'est-à-dire que je pense que Morin est en effet un personnage remarquable, mais il n'est pas si exceptionnel que ça dans son temps.
Il se trouve que ce qui a rendu particulièrement célèbre Étienne Morin, c'est que, sans l'avoir voulu, il est en quelque sorte à l'origine lointaine d'un rite maçonnique, le rite écossais, ancien et accepté, qui a conquis le monde maçonnique. Et quand je dis le monde, c'est vraiment la Terre entière. Mais Étienne Morin n'a jamais connu le rite écossais, ancien et accepté. Il n'a jamais soupçonné que ça pouvait exister.
Donc c'est en quelque sorte, en raison du destin posthume de ce qu'il avait posé, qu'Étienne Morin est devenu un personnage mythique. Je pense qu'il faut le ramener à une dimension humaine, mais cette dimension humaine est intéressante parce que, en étudiant la personnalité et l'histoire d'Étienne Morin, on étudie un certain type de maçons du XVIIIe siècle, il y en a eu d'autres de son calibre, qui ont joué un rôle déterminant pour fixer un certain nombre d'usages.
Ils représentent un portrait moyen, assez évocateur, de ce qu'étaient les maçons « engagés », c'est-à-dire passionnés par la franc-maçonnerie, tout au long du XVIIIe siècle. On sait que les grades écossais, disons une fois pour toutes que « grades écossais » au XVIIIe siècle, ça veut dire « au grade », rien de plus. Ça ne réfère à aucun système en particulier, à aucun rite en particulier, et même les rites maçonniques qui apparaissent à la fin du XVIIIe siècle et qui ne s'appellent pas « écossais » sont remplis de grades écossais.
Il y a des grades qui s'appellent « écossais de quelque chose », bien sûr, mais tous les hauts grades au XVIIIe siècle sont des grades écossais, une fois pour toutes. Donc, la multiplication des grades écossais ou des hauts grades est un phénomène qui commence à prendre de l'ampleur dès le courant des années 1740 et qui, probablement, est née un peu avant. Et les premières rivalités entre les organismes qui aspiraient à les contrôler sont évidentes dès le courant et dès la fin, notamment, des années 1750.
On sait également que l'ordre dans lequel ces grades étaient conférés, au hasard des rencontres et des coutumes locales, répondit cependant assez tôt à un certain nombre de règles. En premier lieu, tout grade nouvellement apparu prétendait naturellement à la suprématie sur tous ceux qui l'avaient précédé. Grade presque suprême, en 1745, dans la loge du comte de Clermont, par exemple, l'Écossais de Paris porte déjà, 15 ans plus tard, 16 ans plus tard, en 1761, le numéro 16 d'une liste de 25 grades dans une nomenclature que nous fournit Villermose dans une célèbre correspondance avec Meunier de Précourt.
En outre, il dut apparaître, avec l'introduction des thèmes de la chevalerie et du second temple, qu'une séquence à la fois logique et chronologique devait être observée pour respecter une certaine cohérence légendaire, ce qui, soulignons-le au passage, relativise beaucoup les oppositions d'appareils entre les divers organismes mentionnés plus haut, et de ces efforts dispersés allait naître, beaucoup plus tard, la notion de rite maçonnique.
Mais je crois que c'est très important de comprendre que pendant une très longue période du XVIIIe siècle, l'idée qu'il y a un rite maçonnique avec un nombre fixé de grades qui constamment se délivre dans un ordre donné est une idée qui n'a pas cours. C'est une idée extrêmement tardive qui correspond à la solidification des organismes visant à régir ces hauts grades et qui finissent par imposer un système en essayant de faire croire que c'est le seul et qu'il a toujours été comme ça.
Ce que l'on voit, c'est qu'au XVIIIe siècle, les grades s'échangent, selon des modalités d'ailleurs extrêmement diverses, et pas nécessairement dans une cérémonie qui a lieu dans une loge établie. Le nombre de maçons au XVIIIe siècle qui ont reçu des grades par courrier, c'est invraisemblable. Les grades se transmettaient par courrier. Et le Vénérable revenait dans sa loge en disant « Mes frères, j'ai une bonne nouvelle, car évidemment, par définition, le Vénérable, qui notamment à Paris était Vénérable à vie, avait tous les grades.
Et revenait en disant à ses frères « J'ai une bonne nouvelle, nous avons un nouveau grade. »