Les mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie
Pierre Pelle revient sur les origines des rituels initiatiques de la Franc-Maçonnerie à travers les grands mythes de l'histoire comme ceux de la mort et de la renaissance, d'Isis et Osiris, d'Orphée et Eurydice, de Perséphone et bien d'autres.
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Cette exposé a été filmé à l'occasion d'une conférence organisée par la revue Atlantis.
Extrait de la vidéo
Et bien, bonjour à tous, mesdames et mesdemoiselles, messieurs, je vais vous parler effectivement d'une belle histoire aujourd'hui. C'est une histoire qui part depuis la création jusqu'à nos jours, mais qui s'appuie surtout sur les mythes. Alors évidemment, le titre peut surprendre, il est un peu provocateur. C'est un clin d'œil, la préhistoire des francs-maçons. Il n'y a pas de préhistoire des francs-maçons, il y a une histoire des francs-maçons, c'est évident, elle est connue. Pourquoi ce titre alors ? Ce titre déjà nous met dans le contexte de l'histoire même des francs-maçons, parce que les francs-maçons pensent, en tout cas affirment avoir une lignée qui remonterait au compagnonnage. Il y avait des premières formations qui étaient affiliées dans les corporations de tailleurs de pierre, notamment, dans les corporations qui construisaient les cathédrales. Et à cette époque, on s'appuyait sur des manuscrits, manuscrits Regus, manuscrits Cooke, qui faisaient appel à une histoire mythique, à une légende, qui remontait donc jusqu'au temple de Salomon, au-delà à la tour de Babel, à Noé, et donc au premier temps de l'histoire. Et si les maçons ou les compagnons, avant, ils prouvaient le besoin de remonter aux origines, il m'a semblé intéressant de s'attacher à cette démarche, cette démarche qui souhaite, en quelque sorte, raccrocher toute initiation à un début de l'humanité, ab initio, veut dire aux origines. Et donc, pourquoi et sur quelle histoire peut-on se fonder ? Cette histoire est toujours une histoire mythique, et je vais essayer de vous développer en me basant dans un premier temps sur la science, qui pour moi aussi s'appuie sur des mythes.
On va parler de théorie. La théorie du Big Bang n'est qu'une théorie. Elle est, on le sait, elle sera dépassée ultérieurement, parce que la théorie des Cantat, qui concernent le monde du petit, et la théorie générale de la relativité, d'Eichten, sont incompatibles. Elles seront donc forcément dépassées, parce que l'univers est un tout. On le sait. Donc, on a besoin de ces mythes momentanément, de ces théories, en tout cas, pour fonctionner et pour aller plus loin. Alors, je vais vous présenter un texte. On va faire un beau voyage à travers le temps. Je vais vous le lire, parce qu'il y a des termes techniques dedans, et je ne connais pas forcément par cœur, et c'est plus facile. N'hésitez pas ensuite à me poser des questions. Je vous propose de démarrer tout de suite par une référence à ce que peut être le mythe, en tout cas, sur la façon dont je le vois.
Dans la vie, tout est mythe. Nous vivons dans l'inexprimable, dans une éternelle mythologie qui nous met sur le chemin de l'éveil. C'est ainsi que s'exprime Jean-Pierre Bayard, qui a fait l'introduction au livre que je vous présente aujourd'hui, et qui est le thème de notre conférence débat, la préhistoire des francs-maçons. Le mythe, en effet, est fondateur. Et pourquoi est-il fondateur ? Parce qu'en fait, il s'appuie en général sur une histoire qui fonde. Elle devient exemplaire d'une démarche, elle donne un sens à une vérité, et cette vérité devient en quelque sorte l'élément sur lequel va s'appuyer toute la démarche, qu'elle soit initiatique ou qu'elle soit exemplaire. En fait, le message que renferme le mythe prend donc toujours le sens d'une vérité. C'est quelque chose qu'il faut retenir. Et c'est par rapport à cette vérité que le mythe construit un récit. L'origine justifie à rebours le sens qui est donné à la vérité qu'il délivre. Ainsi, toute initiation fait retour aux origines. Il faut donc revenir aux origines de l'initiation pour en rechercher le sens. Et puisque les hommes se réfèrent à une histoire mythique, elle est par définition antérieure à l'histoire des hommes puisqu'elle la fonde. Elle est donc préhistorique, et c'est bien en ce sens-là que je l'entendais, c'est-à-dire avant l'histoire des hommes. Elle renvoie à un temps qui initie l'histoire des hommes, c'est-à-dire au temps initiaux de l'humanité. Je vous le disais, je vais dans un premier temps m'intéresser à ce que dit la science. Pourquoi ? Parce que les francs-maçons, en tout cas quand la franc-maçonnerie a été fondée, on ne connaissait pas évidemment Darwin, on ne connaissait pas tous ses auteurs, et on s'appuyait sur la seule doctrine qui existait, c'était celle du créationnisme à l'époque. Elle est aujourd'hui dépassée, on peut en parler, ce n'est pas l'objet de mon travail. Mais ce que j'ai voulu montrer, c'est que même avec les connaissances d'aujourd'hui, le discours maçonnique est cohérent avec notre temps. Donc nous allons commencer par le commencement. Et qu'est-ce qu'il y avait au commencement ?
Eh bien il n'y avait rien. C'était le chaos, nous dit-on, le théum, le tohubu. Il n'y avait que le vide.
Un vide qui était quand même quelque chose, disent les scientifiques. Un vide fondamental qui n'est pas le néant, c'est un être. Un faux vide par rapport au vrai vide que nous connaissons aujourd'hui d'espace et de temps, ce qu'on appelle le vide interstellaire. Et dans ce vide, il y avait ce que les scientifiques appellent une singularité, c'est-à-dire un état quantique nul, un point sans particules ni rayonnement. Et voilà que cette petite singularité, cette espèce de point perceptique qui n'existe pas, ce point virtuel sans coordonnées, ni d'espace, ni de temps, se change en œuf cosmique, nous dit Friedman, qui est le savant russe qui était à l'origine de la théorie de l'expansion de l'univers. Un œuf cosmique. Bien. Et que disent de leur côté les francs-maçons ?
Ils disent qu'une loge, qui est le lieu où se réunissent l'ensemble des frères, représente l'univers.
D'accord ? Et ils comparent cette loge à un œuf qui contient un être en puissance de devenir.
C'est exactement sur le plan symbolique la définition qu'en donne Friedman sur le plan scientifique, avec son œuf cosmique. Mais c'est aussi celle de la plupart des traditions, je tiens à le dire.
C'est également, citons par exemple Gatha, la Volupta, l'Enuma-Elish, le Shantyoga Upanishad, le Kalevala, le Tao Teking, le Chuang-Tzu, le vrai classique du vide parfait, le livre des morts des anciens égyptiens, l'Omphalos grec, la préparation à l'évangile et les annales de Théoptitlane. Donc partout on retrouve cette image. Mais revenons aux origines. Dans la singularité, au point focal qui est le noyau de l'œuf cosmique, la densité, la masse, l'énergie et la chaleur sont concentrées. Elles sont donc infinies. Et que disent à nouveau les francs-maçons ? Pour eux, toutes les forces de l'univers que représente la loge doivent d'abord être concentrées pour acquérir le maximum d'énergie expansive afin de pouvoir se déployer utilement à l'extérieur.
C'est bien le même discours. La pression est intense. Elle rompt l'équilibre de l'œuf.