Heureuse(s) rencontre(s). Voyage dans la Franc-maçonnerie maritime

Les ports furent longtemps les vecteurs d’introduction non seulement de nouvelles marchandises mais de pratiques sociales et culturelles les plus diverses. Ce fut le cas pour la Franc-maçonnerie. La Franc-maçonnerie maritime est bien davantage qu’un objet de curiosité, c’est un fait social, culturel, voire politique d’importance que Jean-Yves Guengant nous présente dans un essai passionnant et éclairé. Il avait déjà mis à notre disposition en 2017 une étude sur Les Amis de Sully, trois siècles de Franc-maçonnerie brestoise, publiée aux Editions PAM. C’est à travers la vie d’une autre loge, L’heureuse Rencontre, non sans lien avec Les Amis de Sully, née une première fois en 1745, que Jean-Yves Guengant met en évidence les intérêts du Grand Orient de France pour les loges maritimes, lieux privilégiés de diffusion des idées progressistes comme de conquête ou défense des libertés. Mais encore, la Franc-maçonnerie est directement impliquée dans les grands enjeux maritimes des siècles passés.

« Les noms de Bougainville, nous dit-il, La Pérouse, Fleuriot de Langles, Boux, Bruix, Loynes de la Coudraye, Verdun de la Crenne, l’abbé Pingré évoquent l’Encyclopédie, les grandes explorations maritimes, la mise au point des chronomètres marins, et l’histoire des navires. Autant de noms liés à la Franc-maçonnerie, à la recherche d’une fraternité d’un monde dédié à l’art militaire. »

Cette Franc-maçonnerie brestoise est très liée aux métiers militaires et aux métiers de la mer. Elle traversa des périodes mouvementées de l’histoire et dut s’adapter, s’effacer, reparaître à plusieurs reprises. La loge L’heureuse Rencontre, née sous l’égide du Grand-Orient de France travaillait dans le cadre de la Grande Loge de France à la fin du XIXe siècle avant de retourner dans le giron du Grand-Orient, non sans des tensions internes qui évoquaient celles que connût une Bretagne tiraillée entre le catholicisme et les idées nouvelles comme la laïcité.

Jean-Yves Guengant restitue la vie complexe et agitée de cette loge particulière et de la Franc-maçonnerie brestoise au fil des décennies jusqu’à nos jours. Ce long voyage dans le temps permet au lecteur de mieux comprendre les ressorts d’une évolution non linéaire, traversée de ruptures, assez représentative de la vie des « vieilles loges » françaises, aspect maritime mis à part. Deux fils rouges conduisent l’étude de l’auteur, la dimension maritime et l’Ecossisme, soit la référence à la Franc-maçonnerie des Anciens. Si, le recrutement évolue au fil des décennies, l’intelligence, l’esprit de découverte et le besoin de fraternité demeurent malgré les vicissitudes traversées.

Ce livre est une contribution majeure, par ses sources, sa rigueur méthodologique et la plume de l’auteur, à la connaissance de cette Franc-maçonnerie maritime qui n’est devenu un sujet d’étude que tardivement. Le rapport à la mer est pourtant constitutif d’une spécificité qui fait écho bien évidemment à la dimension initiatique du voyage.

Source: La Lettre du Crocodile

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