La phénoménologie, littéralement "l’étude des phénomènes" est un courant philosophique qui fut initié au début du XXème siècle par Edmund Husserl. "Science du sujet" par excellence, la phénoménologie travaille sur les notions d’expérience ou de conscience. Elle se place à contrecourant de la métaphysique d’Aristote ou de Platon. Tous deux cherchaient en effet non seulement un fondement transcendantal au Monde et au Moi, mais encore établissaient qu’une connaissance rationnelle du monde suprasensible était possible… tout en soulignant nettement la distinction entre "phénomènes du monde sensible" et "monde suprasensible".

"En revenant aux choses elles-mêmes" et en recherchant le "COMMENT je vis un évènement" et non plus le pourquoi, la praxis husserlienne se propose de casser la distinction aristotélicienne et en outre d’affirmer que l’on vit dans un monde "sans fondement". "A l’instar du nihilisme nietzschéen qui se propose de ne prendre fondement sur Rien… mais de prendre ce Rien très au sérieux" comme nous le rappelle Françoise Bonardel.

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Ce regard neuf loin des préjugés, ce renoncement délibéré à tout fondement, et la place centrale de la pratique (fut-elle méditative…) : tous ces éléments permettent-ils d’établir un lien, une comparaison entre phénoménologie et bouddhisme ?
Peut-on aussi mettre en parallèle la revivification de la métaphysique occidentale apportée par la phénoménologie avec la remise en question des traditions védiques qu’impliquèrent les enseignements du Bouddha ?
D’ailleurs est-ce pour toutes ces raisons qu’Edmund Husserl déclara que "le Bouddha était un archi-phénoménologue" ?

Réponses de Françoise Bonardel et de Natalie Depraz dans cet entretien de 50 minutes enregistré au Forum 104.