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Surréalisme, romantisme noir et celtisme

Si l'intérêt des surréalistes pour le romantisme noir (celui d'Horace Walpole ou de Clara Reeve par exemple) compris comme résurgence de ce refoulé qu'est dans les îles britanniques la culture celte et le côté obscur des Lumières, se manifeste dès les années 20; il faut attendre les lendemains de la seconde guerre mondiale pour les voir se pencher sur le celtisme, perçu comme "survivance" d'une tradition occidentale laminée par la romanisation et la christianisation.

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Tout comme au XVIIIème siècle avaient été étroitement liés franc-maçonnerie naissante, druidisme réinventé et romantisme noir, les surréalistes, au XXème siècle, vont éprouver pour le celtisme une passion comparable à celle que leur inspire le roman gothique….

Les surréalistes s'intéressent en effet très vite au roman "gothique", ce roman noir essentiellement anglais à l'origine et devenu, comme le dit Annie Le Brun, "lieu de rencontre clandestin de l'imaginaire européen", mais aussi "fondement occulte de l'interrogation romantique", qui aura une influence déterminante sur le premier romantisme français. "Littérature ultra-romanesque, archi-sophistiquée", selon les mots d'André Breton, et qui les inspirera largement, ces textes les interpellent sans doute parce que, comme le dit Annie Le Brun, " le goût des châteaux - et donc du roman noir - semble en fait avoir rassemblé ceux pour qui, à la différence d'autres d'abord préoccupés par la révolution sociale, la poésie était alors l'ultime aune de la révolte humaine". Sans doute aussi parce que, comme le dit Breton dans L'Art Magique, "un courant souterrain relie ces œuvres (…) à celles de Sade" qui peut y être rattaché dans la forme même si son projet est d'une toute autre nature., et parce qu' entre ruines préfigurant un monde ancien sur le point de disparaître et "paysages souterrains (qui) représentent les difficultés et les périls rencontrés par l'individu cherchant à se frayer un chemin vers la lumière", ils synthétisent parfaitement les aspirations surréalistes à "changer la vie" autant qu'à "transformer le monde".
Pour Patrick Lepetit*, le celtisme est une manifestation du merveilleux, porteur d'une "philosophie (...) qu'on peut tenir pour celle des véritables lumières", et il peut être compris comme l’une des dernières traces occidentale vers la Tradition. L'art des Celtes, "clé tellurique qui élucide le sens du message ancestral", notamment à travers la numismatique ou le roman Arthurien, aussi bien en ses textes qu'en ses paysages, est un centre d'intérêt majeur autant qu'une source d'inspiration pour les surréalistes, car comme le dit Radovan Ivsic, "le poète est celui qui va au devant des autres comme au devant de ses propres fantômes. La quête des chevaliers de la Table Ronde n'a pas de fin".

*Auteur de "Surréalisme, un parcours souterrain" (Dervy, 2012)

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