Ainsi, loin d’être l’aboutissement du Moyen-Âge, la Renaissance serait en fait une rupture, et ferait véritablement de la culture médiévale une "civilisation engloutie", dont nous aurions perdu les codes. C’est ce qui explique que la plupart des Vierges Noires "restaurées" ont été altérées, au point parfois de ne plus pouvoir être prises en compte par le chercheur – ce qui complique encore sa tâche.

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On peut malgré tout établir une sorte de "cahier des charges" des critères qui définissent invariablement ces statues : à commencer par le fait que ce ne sont pas des œuvres d’art mais bien des objets de culte, et que de tout le statuaire médiéval, elles sont les seules à arborer la couleur noire.
Ainsi, Thierry Wirth établit neuf critères : le sanctuaire est toujours situé dans un ancien lieu de culte (donc initialement "païen", et généralement dédié à la Terre Mère). La Vierge est toujours dans une crypte. Elles sont toutes de la même période (autour du 11e siècle), sont assorties d’une légende, et présentent la même architecture (Vierge en majesté). On retrouve toujours les mêmes proportions (là encore, c’est un cas unique dans tout le statuaire médiéval), et mettent en avant la Vierge plutôt que l’Enfant. Elles sont en bois (de cèdre souvent) et rehaussées des quatre mêmes couleurs, associées à la fécondité et à des miracles.

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En entrant dans le détail de ces différents critères, il s’avère que tout concourt à un rapprochement entre ces Vierges et les antiques Déesses du bassin méditerranéen, elles aussi représentées en noir (Isis, Cybèle, Rhéa, Demeter, Diane, Perséphone, Artemis…pour n’en citer que quelques-unes). Bien loin de la chasteté exaltée par le christianisme, nous avons donc ici à faire à des vierges au sens originel du mot (parthenos en grec) : littéralement des femmes "qui ne sont pas attachées à quelqu’un", des mères célibataires en somme, mais jouissant d’un statut, d’une reconnaissance sociale à part entière, à l’instar des vestales, ou encore des druidesses qui choisissaient elles-mêmes les pères de leurs enfants.
Pour qui sait les lire, les Vierges Noires abondent de signes "ésotériques", témoins d’une époque où, selon Thierry Wirth, la spiritualité n’avait sans doute jamais été aussi intense et proche des sources originelles. Les formes géométriques, les mains, les visages, les regards, les angles…tout relève d’une symbolique à la fois riche et précise. De même pour les miracles associés à chacune d’elle, dont le sens caché peut avoir trait à l’ouverture de la conscience ou encore à l’éveil, par exemple. La fécondité qui leur est associée est donc à prendre dans tous les sens du terme, et avant tout dans le sens spirituel.

Tous ces secrets oubliés ne l’ont pas été par tout le monde : transmis de façon cachée par la "science des bâtisseurs", ne pourraient-ils pas expliquer notamment, la troublante similitude de proportions observée entre la Grande Pyramide et la Cathédrale de Chartres, pourtant bien distantes dans l’espace et le temps ?
Eléments de réponse dans cette édifiante conférence de 65 minutes donnée par Thierry Wirth depuis le Forum 104.