C'est pour cette raison que, pour Frank Lalou,  l'étymologie grecque du mot calligraphie (kálos grapheîn, « écrire beau ») n’exprime que très partiellement sa signification profonde.  La calligraphie hébraïque commence par un trait unique, le premier geste de l'Aleph. Ce simple trait recèle l'ensemble des significations et des secrets de la Kabbale.
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C'est le corps qui trace, un geste qui dépasse l'intellect. Par la qualité de ce simple trait, il est possible d'apprécier la spiritualité d'un individu. Ce premier trait est un trait de séparation. Un trait oblique qui sépare d'abord pour réunir après grâce à la ligature entre celui-ci et les yod. Dualiste et non-dualiste à la fois, l'essence de la pensée hébraïque est dans ce mouvement d'unification et de séparation. A partir de cette matrice toutes les autres lettres vont reproduire cette imbrication. Chaque trait est comme une entité à part entière, chaque lettre comme une négociation entre différents traits.
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Comme le dit Frank Lalou dans cet exposé-performance : " la calligraphie c'est le mystère de l'entre deux, entre le corps et l'esprit". Maître de son geste sans tomber dans la maîtrise, atterrissant sur la feuille sans hésitation avec un geste définitif et risqué, Frank Lalou réussit à faire converger son coeur, son corps et son esprit à la pointe de son Kaalam (l'outil de travail). Par des gestes d'une grande noblesse, il nous transmet cet art du trait dont l'essence est celle "de savoir commencer, entretenir et finir".
Une performance de 56 minutes filmée au Forum 104.