"La vision demeure une énigme !" nous annonce Victoria Cirlot en guise d’introduction. Dans son livre, qui vient de paraître en français chez l’Harmattan, (janvier 2017), elle nous invite à nous interroger sur la nature de ces visions. Que ce soit dans l’art, avec Max Ernst, ou dans la mystique, avec Hildegarde de Bingen: que décrivent ces visions ? D’où surgissent-elles ? Inspirent-elles le geste créateur de l’artiste ou, plus globalement, expriment-elles le "pourquoi de la création", à nos oreilles engourdies?

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Cette connaissance profonde, radicale et illuminatrice, ne se transmet pas sur les bancs de l'université.

Interrogée par Françoise Bonardel, Victoria Cirlot parvient ici à conjuguer harmonieusement passé et présent. Un "enrichissement mutuel", comme elle le précise, sur un sujet, certes, oh combien intemporel. Ernst et Bingen sont tous deux allemands et rhénans. Tous deux ont aussi en commun de cultiver une certaine forme d'auto-dérision (ce qui pour nous est la marque des "grands", ndlr). Ernst s’est illustré dans l’irrévérence de la pataphysique du XXème siècle, et Hildegarde s’est toujours considérée comme "une docte ignorante" du XIIème siècle...

Au-delà de ces signatures extérieures, c’est bien dans une langue intérieure, se situant au-delà des formes d'expression humaine et du temps ordinaire, que se sont exprimées leurs "révélations, visionnaires et prophétiques"

Rappelons que le mot "révélation" se traduit en grec par le mot "apocalypse", et que Jean de Patmos, l’homme du quatrième évangile, est ici largement évoqué…

Une dramaturgie de l’âme, une porte vers le Mundus Imaginalis ?

A la suite de penseurs-éclaireurs tels que Carl-Gustav Jung, Gilbert Durand ou de l’iranologue Henry Corbin, souhaitez-vous mieux saisir la nature de ces visions "qui nous renvoient à une réalité, ni sensible, ni intelligible", où "le corps se spiritualise et l’esprit se corporise"…

Eléments de réponses ici par ces deux femmes passionnantes qui font honneur à l’héritage de Sainte Hildegarde !