Vous connaissez certainement l’expression "Je n’ai pas voulu faire de bruit, car le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit…."*. Ce bruit étourdissant dont la société actuelle nous envahit et nous éloigne imperceptiblement de toute quête de sens véritable en nous écartant du "Principe".

Un Principe que l’on peut nommer différemment – par exemple Logos ou Tao - et qui demeure un vecteur de sens, d’unité, à la fois individuel, collectif et universel, donc de tout temps éternel.  Justement, Orphée, lui-aussi, déteste le bruit ! C’est d’ailleurs ce qui le tuera et le démembrera.

Dans ce premier volet d’étude symbolique du mythe d’Orphée, Luc Bigé se propose de nous faire descendre dans l’essence même du . Une essence qui va bien au-delà de la superficielle carte postale connue de tous : sa légendaire beauté ainsi que le charme qu’opérait sa musique sur les pierres, les végétaux ou les bêtes sauvages.

Orphée a eu un contact vivifiant avec son âme

Orphée est le seul héros qui n’a jamais commis de faute ni exercé une quelconque forme de violence : amis végétariens ou adeptes de la non-violence, ce mythe vous parlera sans doute plus qu’un autre !

L’orphique cultive un sentiment de marginalité ontologique : il ne sent pas appartenir à ce monde. Mais attention : "comme tout-à-chacun, cette inadaptation peut néanmoins conduire à développer une certaine forme d’orgueil, et à s’enfermer dans l’autosatisfaction, au risque de ne pas donner de profondeur à son œuvre…" nous prévient Luc Bigé.

luc bigé étude symbolique du mythe d’Orphéeluc bigé Orphée Amour

Orphée n’a qu’une seule raison légitime pour descendre dans les enfers : c’est par Amour.

Contrairement à Faust (cf nos quatre films) qui est descendu dans les enfers par curiosité intellectuelle, ou encore à Pirithoos qui n’était mû que par son désir d’expérience : Orphée va descendre dans les enfers par Amour pour tenter d’aller chercher sa défunte épouse Eurydice (le mot "enfer" peut aussi être interprété comme descendre dans ses propres entrailles, ou encore toucher son Ombre, cf Jung…). Indépendamment du fait que sa mission se solda par un échec**, et cela malgré son charme qui opéra succesivement sur le Cerbère, Hadès ou Perséphone, le mythe nous donne une clef de connaissance de ce que peut être le véritable Amour.

Un amour inconditionnel, une lumière ignée, irradiante, intérieure, mais qui ne brûle pas ce qui l’approche.

"L’amour peut se décomposer en trois niveaux de perception, nous-dit Luc Bigé, le premier niveau c’est d’être amoureux d’un sujet, d’un autre moi. Le second niveau, c’est lorsqu’on est en fait juste amoureux de l’amour, que l’on s’identifie à ce sentiment puissant… Mais le troisième niveau consiste à aller au-delà de toute forme, de la vie même, et atteindre son essence même. C’est ce qu’Orphée parvint à faire et c’est pour cette raison que même à travers la mort d’Eurydice, il continue de l’aimer…".

Luc Bigé poursuit son explication en nous détaillant la symbolique des quatre règnes connus. Le règne minéral représente la toute-puissance, l’omnipotence car "le règne minéral ne meurt jamais, c’est donc la métaphore de Dieu dont l’aboutissement est la pierre précieuse puisque ces pierres laissent passer la Lumière". Le règne animal, lui, se base sur les émotions, son instinctualité prodigieuse tend à "relier l’espace". Le règne humain, lui, relie tout sur le plan de la manifestation. L’humain dispose de cette particularité, la conscience du temps. Il vénère ainsi ses morts et il sait qu’il va mourir. Cette (relative et variable) conscience va l’amener à construire des choses inutiles, dans le meilleur des cas des symboles, mais "ces symboles lui permettent de métaboliser cette quête de sens à l’intérieur de lui-même…".

Le règne végétal, dans le cas du mythe d’Orphée, occupe une place singulière, car le règne végétal est le seul capable de se nourrir de lumière. En effet, par la photosynthèse, le règne végétal parvient à apprivoiser la lumière et s’en nourrit. C’est cette lumière qui guérit et irrigue cet amour inconditionnel auquel nous invite le mythe d’Orphée.
Sur un plan initiatique et pratique, il ne s’agit pas pour nous de nous transformer en plante verte, rassurez-vous. Luc Bigé nous incite à développer notre corps éthérique. Il nous dit : "L’orphique, comme le règne végétal, a harmonisé son corps éthérique c’est-à-dire qu’il a une sensibilité à fleur de peau qui lui permet, comme le végétal de percevoir les vibrations du monde, d’entendre les sonorités que les autres n’entendent pas …". A l’instar du serpent qui ondule pour avancer, le serpent représente les forces chtoniennes : tout n’est-il pas que vibration et énergie?
Souhaitez-vous découvrir ce visage peu connu du mythe d’Orphée (qui engendra les mystères d’Eleusis) et mieux comprendre sa funeste destinée : son démembrement par les cris des Bacchantes…. Le bruit toujours et encore... Satané vacarme et société du spectacle !

* du théosophe français Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803)
** il existe différentes versions du mythe