Notre premier film portait sur la généalogie de Prométhée "le rusé", "celui qui réfléchit avant", et notamment sur ses relations avec sa fratrie. A présent Luc Bigé aborde la dimension symbolique et politique de son acte principiel : le vol de ce Feu et la trahison de son Père, Zeus/Jupiter. Une question fondamentale dont la prégnance, encore au XXIème, est indiscutable si l’admet que notre jeune siècle débute sous le sceau d’un regain de forces nouvelles, d’une quête effrénée de nouveaux modèles, auréolée d’une technicité à la rapidité foudroyante et qui immanquablement désintègre les vieux schémas.

Bref toutes les composantes de ce Titan dont les manifestations n’ont pas encore sonné la fin de la partie...

Zeus/Jupiter le "patriarche social" s’est fait doubler par l’impétuosité de son jeune fils : Prométhée

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Ouranos/Uranus-> Cronos/Saturne->Zeus/Jupiter-> Prométhée/Uranus : une succession subtile et cyclique

Car en effet : Uranus est Ouranos ! Une vision cyclique du temps, non linéaire, bref un bras d’honneur à la pensée d’Aristote…
"A deux reprises, le mythe de Prométhée s’est manifesté, nous dit Luc Bigé, et ce sur deux plans différents. Dans la mythologie tout d’abord : deux fois, le fils a détrôné le père. Cronos/Saturne castra son père Ouranos/Uranus (appelé la voute céleste) puis plus tard Zeus/Jupiter relégua son père Cronos/ Saturne au rang de simple mortel…. Par analogie, et dans un temps cette fois-ci datable par nous, humains, Prométhée s’illustra, aussi, à deux reprises. Au Vème siècle A.V.J.C., lors du siècle de Périclès, puis en 1789, lors du siècle des Lumières, ce qui engendra la révolution française…"
Et pour Luc Bigé de nous préciser, donc, logiquement : "à chaque fois, la descente dans la matière de l’archétype prométhéen s’accompagne d’un profond changement de paradigme qui s’accompagne le plus souvent de révolutions…".
D’ailleurs sur un plan géopolitique actuel:

en 2011, Prométhée/ Uranus est entré en Bélier….

Et il va y demeurer jusqu’en 2019. Prométhée est en effet associé à la planète Uranus : est-ce un hasard si Kant écrivit la Critique de la raison pure en 1781, concomitamment à la découverte d’Uranus ? Un ouvrage qui modifia profondément la pensée de son époque et quelques huit années plus tard le peuple français décapitait son roi…
Luc Bigé nous relate donc ici, à travers l’œuvre de Prométhée, toute l’ambivalence de son héritage :

trahir le monde des Dieux et/ou apporter le feu aux hommes ?

Une invitation à mieux comprendre notre civilisation occidentale, notamment l’influence de notre héritage grec qui favorise les révolutions brutales (et ce, contrairement à l’Orient qui privilégie l’évolution à la révolution) et ainsi prévoir les changements qui inéluctablement sont en cours.
Un exposé qui nous rappelle que les mythes sont des chemins de connaissance qui sous des apparences infantiles, cachent des trésors symboliques inestimables ; et que nos politiques feraient bien de mieux considérer puisque "gouverner, c’est prévoir" (Malraux).