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Les béguines : un mouvement étonnant et perturbant…

A travers deux figures emblématiques* du XIIIème siècle, Hadewijch d’Anvers et Marguerite Porete, Jacqueline Kelen nous relate ici avec une fougue communicative "cet appel de Dieu" que ces femmes, béguines, ont ressenti au plus profond de leur être. Et comment, dans cette Europe du Nord, en plein moyen-âge, celles-ci ont tenté d’établir un modèle de société, mystique, loin de toute institution religieuse…

Au fil de cet entretien, Jacqueline Kelen s’interrogera sur la nature proprement "masculine" ou "féminine" de cette tentative d’union à Dieu.

Ainsi, si les hommes ont une inclinaison naturelle à théoriser tout ce qu’ils approchent : le réel voire-même "l’Amour de Dieu", il semblerait que les femmes aient une approche moins conceptuelle, moins discursive et plus charnelle de cette question. Sensuelle même, osons le terme. Une approche directe, sans ambages, basée sur l’expérience et le corps. D’où la force, et la simplicité de leurs écrits qui s’inscrivent dans la continuation de ce que Hildegarde von Bingen nommait, un siècle plus tôt, "la docte ignorance".

Cette complémentarité entre mystique masculine et féminine a-t-elle évolué en sept siècles ?


Il semblerait que le monde actuel ressemble de plus en plus, à ce "monde moderne" que Georges Bernanos décrivait avec effroi comme "une conspiration contre toute vie intérieure". Cette "conspiration", invisible pour la majorité d'entre nous, mais dont quelques frémissements se sont faits entendre justement dans ces années 1310-1314, est-elle parvenue à estomper nos complémentarités féminines et masculines ?

Etes-vous d’accord avec l’affirmation de Jacqueline Kelen, selon laquelle "la mystique représente le couronnement d’une vie spirituelle" ?

Autant de questions, nombreuses et passionnantes, jalonant cette interview fleuve menée par François Lehn.


* notons qu’il aura fallu attendre 600 ans pour redécouvrir ces textes